Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Recherche

26 novembre 2006 7 26 /11 /novembre /2006 17:00

        

 

Hier soir, le message attendu est arrivé,  la météo est favorable. Ce mardi 5 septembre, 4 h du mat, nous sommes invités à un petit déjeuner briefing au refuge du boulanger à Saint Gervais par l’association « vol 4807 » qui organise pour la vingtième année consécutive l’unique « compétition » au monde en « paralpinisme » à partir du sommet du Mont Blanc. Faute de compagnon de cordée (car en principe on s’inscrit par cordée de deux, autonomes tant pour la montée que pour l’éventuelle descente si ça ne décolle pas), je désespérais de pouvoir y participer, mais finalement, ma candidature en tant que « remplaçant » a été acceptée. Je ferai cordée avec Stéphane, médecin de l’organisation, qui n’a jamais volé en parapente, mais qui effectuera dans quelques heures son premier vol en parapente en décollant en bi-place du sommet du Mont Blanc !

La benne spéciale de l’aiguille du midi nous prend à six heures, et à 6h30 nous chaussons les crampons. Le jour se lève, le temps est superbe, les grosses chutes de neige de la quinzaine dernière ont recouvert la glace de fin de saison, les glaciers sont propres, et les conditions de progression sont optimales.

 

 

Le Mont Blanc du Tacul a la réputation d’offrir par sa rimaye un premier obstacle souvent redoutable. Cette année, il n’est est rien, elle se contourne sans aucune difficulté. Nous dépassons un groupe de skieur sans réussir à comprendre s’ils sont attardés du printemps 2006, ou trop impatient de l’hiver 2007. Epaule du Tacul et brève descente sur le col Maudit. Quand nous quitterons celui-ci, nous verrons s’y déployer des voiles de kite surf.

Le passage le plus technique de la montée est l’arrivée à l’épaule du Maudit, une quarantaine de mètres d’une pente raide et un peu glacée, mais le passage a été sécurisé par l’organisation qui y a posé une corde fixe.

Et là, stupeur ! Quatre ou cinq voiles soarent déjà au sommet de mont Blanc ! Vu que nous sommes une des premières cordées, elles ne sont pas de notre groupe, sûrement des petits malins qui ont capté la bonne météo que nous avions fait préparer, et qui sont montés hier soir dormir aux Cosmiques. Ils ont deux heures d’avance sur nous. Le spectacle est magnifique, et génère un sentiment ambivalent : s’ils ont décollés, c’est que les conditions sont bonnes, mais celles-ci le seront-elles encore dans deux heures, le temps d’atteindre le sommet ? La météo annonçait un vent de NW, orientation très favorable pour décoller, mais tournant à l’W, ce qui l’est nettement moins, car il faudrait alors décoller sur le fil très étroit de l’arrête des bosses… Aujourd’hui, si le décollage semble quasi assuré, le sera-t’il du sommet lui-même ? Ce spectacle nous fouette, et c’est avec fougue que nous franchissons le col de la Brenva, pour rejoindre au débouché du « corridor » l’itinéraire historique des premiers ascensionnistes du Mont Blanc, au fameux « mur de la côte »

C’est vers 12 h 30 que nous atteignons le sommet. Immense plaisir de voir, flottant au vent, bien orientées, les flammes du déco plantées à trois mètres sous le sommet, juste derrière l’arrivée de l’étroite arête des bosses, là où s’amorce un confortable plateau sommital.  Nous sommes chaleureusement accueillis par l’équipe des organisateurs. Parmi les « concurrents », nous sommes la seconde cordée arrivée, nous n’avons été précédés que par celle de Kti Devos, rédactrice en chef de « parapente mag », qui décollera juste avant moi. Ici, il faut tout à la fois, s’emplir les yeux et la tête du sublime paysage, goûter les victuailles préparées par l’organisation : Vin de Savoie, reblochon et saucisson, enregistrer les instructions pour le vol…. Mais surtout se préparer au déco, car selon l’adage paralpiniste, quand les conditions de déco sont bonnes, il ne faut pas attendre qu’elles soient meilleures !

Le décollage, dans un vent parfait est un moment sublime. Le plan de vol nous emmène sur Sallanches, et il faut tenir compte du NW qui va nous contrer. L’heure du soaring au sommet est passée : nous rencontrerons tout à l’heure quelques uns de ceux que nous avons vu tout à l’heure. Ils nous ont confirmés être partis tôt des Cosmiques. Au sommet, les conditions de déco étaient fortes, pas à la portée du premier venu. Entre temps, elles se sont bien adoucies.

C’est alors un vol grandiose. Un vol « contemplation » ou toute la tension et l’effort de la montée s’est instantanément libéré au troisième pas du décollage. Confortablement installé dans la sellette, jouissance d’entendre le vent siffler dans les oreilles. Où porter le regard ? Comment ne rien perdre du spectacle qui défile, et cela sans effort ! A quoi bon tenir les commandes, quand il suffit de peser juste un peu sur une fesse ou sur une autre pour trouver un meilleur angle de vue….L’arête des bosses se déroule sous mes pieds, et je peux y voir les cordées progresser. Je laisse à ma droite Vallot et le laboratoire de glaciologie, les grands espaces du dôme du goûter. Vu d’en haut, les méchants couloirs de l’aiguille du goûter ont un air quelque peu anodins. Sur ma gauche, se profile le fil aigu de l’arête de l’aiguille de Bionnassay et sa magnifique face nord.
En vol au dessus de l'aiguille de Bionnassay...

 Derrière, les Dômes de Miage (d’où je décollerai cinq jours plus tard…), et la vallée des Contamines.

C’est ensuite la transition, des très grandes montagnes et des immenses glaciers, vers les sommets plus secondaires, le paysage s’ouvre sur le val d’Arly, les cailloux et pierriers succèdent à la glace, puis les alpages avec leurs bergeries d’altitude, la forêt et les zones habitées. Belle photo du viaduc de Chedde. Certes il donne accès aux camions qui polluent gravement la vallée, mais il faut reconnaître, que techniquement, vu d’en haut, c’est une belle et esthétique réalisation. L’arrivée prévue à Passy, derrière le lac de la Cavettaz, dans la plaine de Sallanches (500 m d’altitude), nous aura permis un dénivelé total de 4300 m et de dérouler tous les paysages.

Ce « vol 4807 » 2006 aura été une réussite totale, tous les concurrents sans exception ont pu décoller du sommet, et se sont posés sans encombre à Passy. L’équipe d’organisation, sous la présidence de Didier Daval à fait un travail remarquable, et mérite grandement d’être encouragée.

Après midi dans l’herbe à regarder les « concurrents » se poser (je n’ai pas compris grand chose au règlement de « l’épreuve » qui portait sur le vol, et encore moins comment je suis classé 3éme, mais s’il y avait eu un classement sur la montée, j’aurai eu de bonnes chances de faire un classement honorable..). Le soir c’est dans le décor kitsch et quelque peu décalé par rapport à notre activité du casino de Saint Gervais que nous fêterons notre succès par un excellent buffet/repas…..

Pour voir la vidéo: http://www.tvmountain.com/ rechercher: "vol 4807"

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Articles Récents

Liens