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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 10:40



           11 Septembre 1969, Marcq en Bareul,
           11 Septembre 2009, Erevan (Arménie)

Il y a 40 ans, jour pour jour, nous partions aussi pour un long, très long, voyage à deux…..

De la fenêtre de la chambre d’hôtel, le Mont Ararat, la montagne sacrée des Arméniens (5165 m), se découvre dans toute la splendeur du matin. Malheureusement pour les Arméniens, la géopolitique qui n’a laissé à l’Arménie qu’une petite partie de son territoire historique, les deux monts Ararat (le petit et le grand) se trouvent désormais de l’autre coté de la frontière, en Turquie.

 

Je suis bien inspiré de faire ce croquis dés maintenant, la prochaine fois que nous le verrons sortir des nuages, ce sera le dernier jour de notre séjour.

Derrière l’enchevêtrement d’habitations traditionnelles, de constructions de l’époque soviétique plus ou moins décaties, le clocher de la nouvelle basilique saint Grégoire l’Illuminateur, le saint rescapé d’un séjour de 13 ans dans le cachot souterrain de Khor Virap (au pied du Mont Ararat). Celui-ci, par son miracle, a convaincu le roi Trinidate III de déclarer le christianisme religion d’état, première mondiale en l’an 301. Cet évènement est à l’origine de la très forte identité nationale des Arméniens, identité qui fut fortement chahutée par les vicissitudes de l’histoire dont l’événement le plus dramatique fut certainement le génocide de 1915….

 

Place de la République, Hanranpetunyan, ex Place Lénine. Un bel exemple d’architecture soviétique. Celle ci, souvent justement critiquée pour sa lourdeur, est ici à « taille humaine ». Les bassins sont équipés d’un système de jets d’eaux sophistiqué, et chaque soir à 21 h il y a un magnifique spectacle de « fontaines chantantes », sons, lumières et jeux d’eaux.

 

Les Arméniens ont leur(s) église(s), -la toute première historiquement-, et, sans entrer dans des détails compliqués, leur pape : le « Catholicos de tous les Arméniens », et leur « Vatican », situé dans la localité au nom imprononçable d’Edjmiadzin (mais il faudra s’habituer aux noms imprononçables !). Ce « Vatican » est lui aussi « à taille humaine », et s’y promener pour nous fut un régal par une belle après midi de début d’automne.

 

A proximité de celui-ci, l’église de Sainte Hripsimée, vierge et martyre. Martyre pour avoir successivement refusé les avances de l’empereur romain Dioclétien, puis celles du roi d’Arménie Trinidate. Est-ce grâce ou à cause de cela que c’est cette église que choisissent les couples pour faire bénir leur union ? Martyre pour martyre, va savoir !

En tout cas la longueur de la limousine des mariés atteste de leur volonté d’afficher une certaine réussite sociale !

 

Avec la religion, l’autre facteur d’identité nationale est la langue et l’écriture. Lorsque nous quitterons l’Arménie après deux semaines, nous ne serons toujours pas capables de prononcer le moindre mot en Arménien, pas même un simple « bonjour », « au revoir » ou « merci » ! Et pourtant notre mode de voyage, en autonomie, nous faisait éviter les structures trop adaptées aux touristes.

Pour l’écriture, celle-ci utilise un alphabet de 36 lettres (qui sont aussi des chiffres avant que les Arméniens n’adoptent le systéme des chiffres arabes), inventé en l’an 405, par « Saint » Mesrop Machtot, grand homme vénéré de tous les Arméniens. Il a donné son nom aux rues principales de toutes les villes du pays. Cette écriture est officiellement présentée comme étant proche de la perfection Divine, beaucoup trop certainement pour nous être accessible !
       
Saint Mesrop Machtot, Un grand savant sûrement, un grand Saint sans aucun doute, mais certainement pas un rigolo ! L’autre, qui a l’air d’avoir du souci,c’est plutôt un géographe, un savant respectable lui aussi, car il a droit à une place d’honneur à l’entrée du « maténadaran »le « haut lieu » de l’écriture Arménienne !

 

Nous attaquons notre périple autour du pays en « Marshroutka », ces minibus qui sillonnent le pays, qui partent quand ils sont pleins à 120% minimum de leur capacité. Destination Goris, dans le sud, prés de la frontière iranienne. Le tarif est imbattable : 2500 DRAM par personne pour 250 km, soit environ 4, 5 €. A ce prix là, il ne faut pas être trop exigeant sur la ponctualité, et nous attendrons plus de 3 h pour décoller…

Les relations avec les autres passagers se font à l’aide de sourires dont il faut essayer de moduler l’expression selon ce que l’on veut dire. Grande fut notre surprise quand notre voisine, entre deux coups de téléphone portable, se mit à nous interpréter en français l’intégralité de « En passant par la Lorraine ».

 

Notre parcours sera jalonné par la visite d’une partie des plus célèbres « monastères » qui constituent pour l’Arménie une immense richesse architecturale autant qu’un témoignage se son prestigieux passé, et un « ciment » de l’identité nationale. Construits entre le XII et le XIII siècle, dans des sites naturels superbes, ils sont innombrables. Généralement de petite taille. On a souvent prétendu, à tort,  qu’ils étaient à l’origine de l’art Roman. Chacun d’eux à sa manière est un petit bijou.

 

Le premier que nous visiterons, c’est le monastère de Tatev.

On y trouve la fameuse « colonne oscillante » (maintenant immobilisée) surmontée par un de ces fameux « Katchkars », pierre votive que l’on trouve partout en Arménie et qui en constitue l’autre « spécialité ».

 

Preuve de l’importance des monastères dans l’identité nationale Arménienne, on peut y voir des militaires en visite par section entière….

 

Puis ce sera Noravank, dans sa gorge sauvage.



 

Lors de l’étape au B&B Yegheghnadzor, nous avons la chance de rencontrer un autre « carnettiste », Jean-Baptiste Nee. Et quel carnettiste ! Il sait rendre la montagne comme j’aimerai tant savoir le faire. Nous comparerons nos carnets de voyage et  passerons la soirée entière à échanger sur le dessin en voyage.

 

Marre des monastères ! De temps en temps rendre un peu de liberté à son inspiration !

 

Par le col Sélim, au travers de l’immensité de ses espaces, son caravansérail que notre chauffeur pressé a essayé d’oublier, nous remontons sur le lac Sevan, ses monastères au bord de l’eau et ses immenses étendues de Katchkars.

 

            C’est un pays d’élevage extensif, les troupeaux sont gardés par des cavaliers montés sur le petit cheval de la race « Karabakh », le foin est récolté sur de très vastes étendues, et il est stocké dans les villages dans des meules, trés hautes et étroites, dressées comme autant de nefs de cathédrales gothiques.
 

meulesfoin 

 

Escale à Dilidjan dans un B&B aux prestations, disons hétérogènes. Cinq étoiles pour la cuisine, réellement « de terroir », quant à la plomberie, elle est aussi…de terroir !
 
 Nous y sympathiserons avec 4 routardes anglaises rudement dégourdies.

 

Le monastère Haratzin est remarquable par son grand réfectoire, dont on remarquera l’éclairage par le haut. Il est en plein travaux de rénovation.

 

Le village de Sanahin est le pays des frères Mikoyan. Anastase, l’indéboulonnable ministre des affaires étrangères de l’URSS qui a réussi à survivre à toutes les purges, et Artem, l’un des concepteurs et constructeurs des fameux « Mig ».

mig21nx
Les premirs Mig de la seconde guerre mondiale, le Mig 15 de la guerre de Corée, et le Mig 21 de la guerre du vietnam, avions qui ont équipé toutes les flottes des « méchants » de la guerre froide, et qui ont donné tant de fil à retordre à Buck Danny et à ses deux équipiers, Sonny Tucson et Jerry Tumbler.

 

A Sanahin, un Mig 21 est exposé devant le musée consacré à Artem.

 

A Sanahin, il y a aussi un très beau monastère…

 

Nous ferons deux visites au monastère de Haghbat, pour pouvoir le voir sous le soleil.


Gyumri, anciennement Alexandropol, ville frontière avec l’empire russe, fut en grande partie détruite, avec sa voisine Spitak, par le grand tremblement de terre de 1988. On y trouve à coté des décombres, sous un grand arc de triomphe, une statue monumentale de Charles Aznavour.

C’est le pays des Yézidis, les « Adorateurs du Diable » comme on les appelles. Ethnie kurde de pasteurs pacifiques, professant une religion syncrétique entre islam, christianisme et Zoroastrisme, dont il reste quelques petits groupes entre l’Arménie, l’Iran l’Irak et la Turquie. Adorateurs du Diable ! Comme quoi les groupes humains à la recherche d’une forme de consensus ou d’œcuménisme ne sont pas vraiment récompensés ! Bravo les intégristes !

 

Le monastère de Harichavank est aussi la résidence d’été du catholicos, et ce bel escalier lui permet d’accéder directement à la Basilique depuis ses appartements.

 

C’est le retour à Yerevan, et le moment de consacrer un temps de recueillement au génocide en allant visiter le mémorial.

 

21 Septembre, c’est « Fêt. Nat. » à Yeravan. Le 21 septembre 1991, par référendum à une très forte majorité, les Arméniens ont choisi que quitter l’URSS. Ce soir il devrait y avoir concert sur la place de la République.

           Place Andranik, la « gare routière » des Marchoutka est dominée par cet imposant bâtiment, qui fut un grand cinéma, magnifique témoignage de l’époque soviétique : architecture monumentale pour promouvoir la « culture des masses », ce qui n’était sans doute pas le pire des concepts de cette époque. Vicissitudes des utopies, celui-ci est maintenant un bazar oriental, et la nomenklatura de l’époque qui s’est reconvertie dans le business n’hésite pas à afficher sa réussite en circulant dans toutes sortes de véhicules : le 4X4 est de rigueur, mais pourquoi pas une Roll-Royce ou un « Hammer » ?

 

Dans la campagne, la mécanique est moins reluisante que dans la capitale, ce vieux tracteur, sur la route de Khor virap, a du rendre bien des services!!!!tracteurkhorvirap

Depuis quelques jours le temps s’est franchement dégradé. Gros orages et pluies diluviennes. Il ne faut pas s’en étonner ! Ne sommes nous pas au pays du déluge ? Les prévisions météo ne sont pas bonnes, et il nous faut renoncer à notre projet montagnard d’aller gravir le mont Aragatz, volcan qui est le point culminant (4090 m) de l’Arménie actuelle, dont l’un des sommets (3850 m) est accessible aux randonneurs. Qu’à cela ne tienne, il nous reste bien des choses à voir !

 

Le Temple grec de Garni, dans les Thermes duquel on trouve l’inscription suivante :

 

            Autrement dit, avec les mots d’aujourdhui : « Travailler plus pour gagner moins »

 

Le taureau qui tient en laisse deux lions encadrant un oiseau de proie tenant un bélier dans ses serres, ce sont les armoiries des princes Prochian qui furent un moment locataires du monastère de Gheghart, et par-là même détenteurs d’un morceau de la (vraie) lance qui a percé le flanc du Christ lors de la crucifixion. Tous les autres sanctuaires qui prétendent détenir cette lance, ne sont bien entendu que de vils imposteurs.

 monaskhorvirap1

Et puisqu’il faut bien finir la série des monastères, nous finirons par celui ou tout à commencé, celui de Khor Virap, celui où après treize ans, Saint Grégoire l’Illuminateur……. (voir ci dessus !) et où nous retrouverons la trace d’Hannibal qui a séjourné dans le secteur après son périple alpestre et sa campagne italienne.

C’est aussi ici que passe la frontière avec la Turquie, le long de la route « stratégique » qui longe la clôture barbelée…

 monaskhorvirap2

Et à ce moment le Mont Ararat nous fera le plaisir de se découvrir enfin. Ce qui me permet in-extrémis de faire ma propre version du dessin ou de la peinture le plus souvent réalisé en Arménie  (Juste avant celui que je vous épargnerai, de Noé, accompagné de tous les animaux de la création, descendant du Mont Ararat où son arche s’est échoué).

                                                          

Sainte Hrispsimé est décidément une sainte très conciliante (enfin, pas avec ses prétendants, çà, on l’a vu !), nous avons beaucoup, beaucoup tardé à venir lui rendre visite. Elle ne nous en a pas tenu rigueur. Nul doute que ce soit sous son aile protectrice que nous ayons accompli ce magnifique voyage !

 

 

                                                                        Pierre-Do et Anne. Sept 2009

           11 Septembre 2009, Yerevan Arménie.

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commentaires

JP 08/10/2009 21:13


Erreur historique ! Le MIG de la guerre de Coréen, c'est le 15, qui fût combattu par les Sabres américains. Le 21 est bi-sonique, et fût combattu par les Phantoms au VietNam.


pdo 08/10/2009 21:37



Désolé, merci pour la précision, je vais corriger, mais la prochaine foi, je passerai plus de temps dans le musée de l'aviation (en fait je n'y suis même pas allé, je me suis contenté dedessiner
l'avion) , et moins dans les monastères...
En fait, c'est le guide Hachette (page 139) qui m'a induit en erreur, il faut que je leur signale
Pdo



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