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17 novembre 2021 3 17 /11 /novembre /2021 14:07

Publier sur mon blog le 18 novembre 2011, date du centenaire du décès de Marcel Proust, un article inspiré par le plus célèbre de ses livres « A la recherche du temps perdu » est-ce une coïncidence ou bien une volonté calculée ? Je ne le dévoilerai pas.

Ce que je ne peux cependant pas cacher, c’est le défi qu’a constitué pour moi la lecture de cet ouvrage du fait autant de ma propre inculture littéraire que de la richesse et la complexité de la langue utilisée par l’auteur.

Est-ce un prétexte ? J’appartiens à une génération qui n’a pas disposé lors de son parcours scolaire des outils indispensables pour acquérir une culture littéraire : livres, bibliothèque etc. Tout juste avions nous quelques livrets de « classiques Larousse », et les fameux Lagarde et Michard. Je ne me souviens pas avoir lu un seul livre de littérature classique digne de ce nom avant la terminale (et guère plus après d’ailleurs !). Cela ne m’a pas empêché pour autant de devenir incollable en termes de livres d’aventures vécues autant qu’imaginées, de connaitre tous les parcours des circumnavigateurs explorateurs et autres alpinistes. Mais c’est tellement insuffisant pour le mari d’une libraire, qui est également le père d’une professeure exceptionnelle de Français et de littérature et d’une animatrice d’atelier d’écriture !

La seule chose que je savais à propos de « La Recherche », (et peut-être suis-je le seul à le savoir) est que ce livre est à la littérature ce qu’un « 8 000 » est à l’alpinisme : une entité exceptionnelle, rare et très difficile. Il n’existe en effet que 14 sommets de plus de 8 000 m sur notre planète et ne s’y aventurent que les passionnés expérimentés. Je peux même poursuivre cette analogie dans un domaine que je connais trop bien, celui-de la gestion de la respiration à l’effort dans des conditions difficiles comme peuvent l’être les ultimes tronçons permettant d’accéder aux grands sommets ! Pour moi ce type de circonstances est localisé à un endroit très précis: la Canaletta, cette ultime combe terminale qui donne accès au sommet de l’Aconcagua !

J'ai osé...

 J’ai donc attaqué « La recherche. ».

Tiens donc ! Que vient faire ici dans un récit sur un sujet littéraire ce mot à connotation guerrière ?

Passons.

Les circonstances dans lesquelles j’ai entrepris cette lecture sont particulières du fait des dégâts causés à mes poumons par la maladie et cela a sans doute influencé ma perception de la lecture.

J'ai découvert un style où les phrases sont longues, elles rebondissent à l’infini, il faut gérer sa respiration avec précision pour parvenir à leur fin. Dans les moments les plus difficiles je me suis vu dans la Canaletta.

Et puis à un moment, les choses se sont éclaircies. C’est venu d’un seul coup en haut de la page 86, que j’ai immédiatement repérée pour pouvoir y revenir dès que possible avec un crayon et un bloc d’aquarelle. La langue, jusque-là complexe, aux développements entrelacés s’est simplifiée et éclaircie. Toujours aussi riche, le vocabulaire s’est adouci. Et je n’ai eu qu’à me laisser conduire pour créer une image associée au texte décrivant le ravitaillement apporté par Françoise dans sa dimension affective, de vie sociale, temporelle, affectueuse et gourmande, prévoyante. Mais étrange signe du destin, cette émotion créatrice est arrivée dans ma vie précisément au moment où la maladie m’a plongé dans une sévère anorexie !

J’ai repris ma lecture en guettant la prochaine opportunité. Il m’a fallu un peu de patience, mais entre-temps, j’avais pris la résolution de reprendre le schéma qui m’avait réussi avec Monte Cristo, d’un dessin par chapitre, soit 117 au total. Ici ce sera donc 3 dessins pour les trois parties du roman : Combray, Un amour de Swann, et Nom de pays.

La belle et la bêche, Gilberte, la fille de Swann aux yeux bleus

La belle et la bêche, Gilberte, la fille de Swann aux yeux bleus

J'avais noté quelques passages qui ont été candidats à une illustration selon mes critères : le asperges page 145, le piano et le violon page 249, le nom des gares page 463, la bougie page 337. Mais ils n’ont pas été retenus.

 Ce furent finalement les yeux bleus/noirs de Gilberte qui m'ont séduit, la fille de Swann et de Odette de Crécy rencontrée par hasard lorsqu’elle jardinait. Cette fois, la composition était à faire : la maison est inspirée de ce qui est censé avoir été la propriété de Swann, le jardin inventé (mais pas la pompe et ses arroseurs), et je ne suis pas mécontent du modèle que j’ai trouvé pour la jeune fille.

 NB : Je ne prends aucun engagement sur la réalisation de la suite : « A l’ombre des jeunes filles en fleurs ».

grandsVDP

grandsVDP

Enfin pour terminer la trilogie, C’est la relation intrigante entre les profils de lévriers à la férocité méprisante qui m’a paru intéressante à explorer : inventer des attitudes, imaginer un décor, une ambiance dans ce contexte particulier que constitue la société bourgeoise entre le XIX et le XX-ème siècle.

 

 

Je ne peux pas conclure sans évoquer l'épisode des fameuses Madeleines parfumées au thé. Il est tellement fameux qu’il est étonnant qu’il n’ait pas supplanté dans mon choix celui des provisions de Françoise. Peut-être parce qu’il est arrivé trop vite (page 55) ? Plus simplement je dirai que le texte des provisions m’a paru plus simple et plus facile à illustrer, comme un moment de répit dans une rude ascension.

 

Pierre-Do Bayart

18/11/2021

Pagination de l'édition 1966 Gallimard livre de poche 

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commentaires

J
Bravo pour ces illustrations et Marie mon épouse qui prépare des crépes améne à ta lecture cette odeur de patisserie que sont les madeleines .<br /> Pensés des pyrènées ou nous attendons la neige pour ouverture station de La Mongie le 4 descembre
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T
Cher Pierre-Do,<br /> Rédiger d'un seul coup de crayon ton analyse du Temps <br /> Perdu !!!! et l'illustrer relève de l'exploit comme ton ascension andine ou encore d'un record en apnée profonde !!! un comble n'est-ce pas.<br /> Merci pour ton humour et la simplicité avec laquelle tu abordes ce thème cher à Proust. Heureusement tu nous dit avoir fait provision de madeleines.<br /> Chapeau Pierre-Do .... amitiés <br /> Patrick
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