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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 00:30

 

                                 Escalades des grands volcans d’Equateur, mai 2009

 

  cotopaxi-copie-1.jpg

 

 

                 Quito, mai 2009 au cœur de la vallée des volcans, avec mes quatre compagnons : Marc, Benjamin, Michel et Manu, nous avons en projet de gravir les principaux sommets de l’Equateur, et si les conditions le permettent, d’en descendre en parapente.

ben.jpg                                            
                 
Quito (2700 m d’altitude), est dominée par de magnifiques volcans, certains menaçant de reprendre leur activité, tel le Pinchincha qui domine immédiatement la ville, d’autres comme le célèbre Cotopaxi (5890 m, en activité), au cône parfait, sont d’une altitude telle qu’ils sont recouverts de glaciers.

                   La ligne de l’équateur passe à quelques km au nord de la ville, dans un endroit devenu célèbre sous le nom de « Mital del mundo ». Elle a été localisée là par une équipe de scientifiques français, lors de l’expédition « La Condamine » entre 1735 et 1745 qui a également calculé que si la terre était un globe, celui-ci présentait au niveau de l’équateur, un renflement de 42 km : si la distance du centre de la terre aux pôles (rayon de la terre) est de  6 356 km, celle du centre de la terre à la moyenne de l’équateur est de 6 378 km, soit un écart de 22 km. Nous verrons plus tard tout l’intérêt de cette particularité…

                   C’est le mauvais temps qui nous accueille, et c’est sous la pluie que nous visitons la très belle ville coloniale.

                    Les magnifiques constructions, cathédrale, monastères, permettent à une religiosité exubérante de s’exprimer sans craindre d’en faire trop dans le registre kitsch….

 

 

devotions  

                       L’Equateur sort tout juste d’une période d’élection, les murs sont couverts de graffitis électoraux, dont un bon nombre dans le registre « libertaire -  anarchiste ».


                        Nous sommes hébergés à la « Casona de Mario », très sympathique auberge de routards. Nous y faisons une première rencontre à la fois agréable et utile : Anna, en mission pour la Communauté européenne pour la surveillance de la bonne tenue des élections qui viennent tout juste de se terminer, y termine son rapport. Rencontre utile, car la compagnie Avianca m’a perdu un bagage (contenant entre autre mon matériel de dessin. Quelle erreur que de ne pas l’avoir conservé dans le bagage à main,  quel piètre voyageur je suis !). Anna, qui maîtrise parfaitement l’espagnol, m’aide dans mes démarches, et 48 h plus tard, j’aurai récupéré ma boite d’aquarelle (déjà rescapée des pentes sommitales de l’Aconcagua !) et mes crayons….


 




Pendant que je dessinais leur avion à Madrid, les gars d'Avianca étainet en train d'oublier mon bagage!


          L’Equateur ne défraye pas la chronique internationale autant que ses turbulents voisins. C’est Rafael Corréa qui vient d’être réélu Président de la République. C’est un Président relativement consensuel qui semble consacrer toute son énergie à obtenir un  développement plus équitable de son pays. Anna nous explique cependant les ravages que causent dans le versant amazonien les compagnies pétrolières, et le désarroi des petits groupes ethniques qui y vivent.  Le processus démocratique qui leur a été proposé n’est pas forcément très adapté. Sur quelles bases peuvent-ils se prononcer, alors qu’ils sont illettrés et soumis par ailleurs à la destruction de leur environnement et de leur mode de vie ?  Qui plus est le processus est particulièrement complexe, il faut sur un seul bulletin choisir les élus à tous les niveaux du gouvernement. Il en résultera dans ces zones un très fort niveau d’abstentions.

 benjamin
                    Une première marche d’acclimatation nous emmène du sommet du récent télécabine de 4000 m au sommet du Rucu Pinchincha (4630 m). L’altitude se fait déjà sentir, mais  pas de problème pour atteindre le sommet. Pas question cependant de voler par ce mauvais temps.

 

 

 

papagayo.jpg
              Auberge PapaGayo, à Machachi, au sein de l’Hacienda Bolivar, au pied du Volcan Corrazon. Nous avons quitté la grande ville.
              C’est le choc.

  Le choc du vert.

paysagequilotar.jpg
              La Sierra Equatorienne est un pays incroyablement vert. C’est vrai qu’il y pleut beaucoup (tous les jours ?). Mais nous ne nous attendions pas à trouver dans un pays de montagne aussi exotique, comme un bocage déroulé sur les pentes jusqu’à des altitudes de 4000 m et plus… Prairies et herbages, haies et bosquets, champs de fourrages, de céréales ou de pommes de terres gravissent les pentes jusqu’à la limite du « Paramo », offrant aux troupeaux de vaches un paysage agreste et opulent….
  

paysagepapagayo.jpg

          Saurai-je rendre à par le dessin et l’aquarelle la beauté de ces paysages ? C’est un peu un « challenge » car le vert est loin d’être la couleur la plus facile !

 

                     Dominant ce paysage, le volcan (éteint) Corrazon (4770 m) est notre premier objectif. Celui-ci n’offre guère de résistance, mais surtout une magnifique surprise : les pentes terminales rocheuses et escarpées se terminent par une vaste plate-forme à peine encombrée de blocs. Le vent est favorable (forcissant).

            Il ne nous faudra pas beaucoup de temps pour déplier nos ailes et décoller pour profiter de ces bonnes conditions, pour un vol qui nous verra nous poser à proximité de Papagayo dans un paysage paisible et bucolique.


Atterrisssage du Corazon 

           
               Nous espérons renouveler ce succès, en montant un cran dans le niveau d’acclimatation. Nous nous attaquons à l’Illinas norte, 5126 m. Départ au petit matin par beau temps. Au début tout se passe bien. Nous dépassons le refuge, mais le temps se dégrade assez vite.
illinas sur
 Il faut escalader l’arrête qui mène au sommet, et là petit problème ! Mes pas deviennent hésitants, mon souffle court, je dois multiplier les pauses, bref, j’ai une défaillance, je manque d’acclimatation. Pourtant, hier, j’étais le premier au sommet ! Que se passe-t-il ? A 150 m sous le sommet, je laisse mes compagnons  gravir le ressaut terminal dans le brouillard sans les accompagner, ce qui me laisse le temps de méditer sur le temps qui passe et mes performances qui ne vont pas en augmentant. C’est un premier renoncement, il faudra sans doute que je m’habitue….


                 Retour de mes compagnons, en fait le sommet n’était qu’à 60 m, mais il faut descendre vite, l’orage menace. Nous reconnaissons au passage d’un col l’endroit d’où il eut été possible de décoller par beau temps, mais il faut filer, et nous rejoindrons la voiture et notre chauffeur à l’instant précis où l’orage de grêle se déclenchera avec violence.

 

paysage2tambopaxi.jpg

 

                   L’Equateur est sans doute un pays « pauvre », mais c’est un pays d’agriculture prospère, et sans doute partout, on y mange à sa faim. Eau et soleil, et aussi dans la Sierra, de très riches terres volcaniques permettent à l’Equateur d’être aisément auto suffisant dans son alimentation. L’équateur est aussi un gros exportateur : bananes, café, cacao etc. Selon les zones : côte du Pacifique, Amazonie ou la Sierra, les paysans produisent fruits et produits maraîchers de toute nature, riz, avocats, ananas. Tous les marchés sont opulents et rutilants de couleurs. Dans la Sierra, c’est principalement l’élevage, le maïs, les pommes de terres (qui est ici à l’instar du maïs une plante indigène) et la quinoa. L’Equateur est aussi un grand pays de pèche (crevettes, langoustes), et sur beaucoup de marchés, on trouve du poisson.


Mais ce n’est pas tout !


             Tout autour de « Papagayo », s’étendent d’autres Haciendas où sont installées d’immenses serres, pour la culture des roses. Celles- ci sont vendues en fleurs coupées à l’exportation dans le monde entier. Cette activité occupe une bonne partie de la population : on voit régulièrement les bus scolaires faire des vacations supplémentaires pour amener le personnel d’exploitation  sur place. Cette activité apporte de bons revenus. Le niveau de vie est ici comparable à celui du Chili, qui est traditionnellement considéré comme la « Suisse » de l’Amérique latine. J’ai l’occasion de découvrir par des chemins contournés et en bravant quelque peu les interdictions, les chiens et les gardes armés, les somptueuses propriétés aux jardins tirés au cordeau, témoignant du caractère lucratif de cette activité.


tania.jpg
             

               Ce sera l’occasion d’un dessin, et d’un échange de sourires (hélas je ne parle pas l’espagnol), avec la petite Tania, fort intéressée par ce que je fais. Elle acceptera de signer mon dessin.   

 

 

                    On peut aussi s’interroger sur l’intérêt écologique de cette activité, qui nécessite l’usage de produits de traitement de toute nature, dans un pays où la culture de la protection des travailleurs et de l’environnement n’est pas forcément une priorité. Mais il paraît que de gros progrès sont en train d’être réalisés dans ces domaines. Ils sont sûrement nécessaires.

 

                      Et il n’est pas un restaurant ou le plus modeste bistrot qui n’ait sur ses tables un charmant bouquet de roses…


 Les fleurs, ce n'est pas vraiment mon sujet d'inspiration favori, je suis plus à l'aise avec les avions ou les bateaux, mais là je n'ai pas le choix, il faut que je m'y colle!

..et les patates…

                          La pomme de terre, originaire de cette partie des Andes, est sans doute un des plus beaux cadeaux qui ait été fait par cette région à l’ensemble de l’humanité. Que serait l’alimentation humaine sans ce précieux tubercule ? Il y en a ici plus de 500 variétés, et elle sont cultivées jusque 4000 m d’altitude dans une belle et profonde terre noire volcanique.

Il y a aussi la ville de Patate, le long du rio Patate, sous les pentes du volcan Tungarahua, qui vient juste de se réveiller. Mais, çà, c’est plus anecdotique.

 

                         Le transfert sur la très confortable auberge d’altitude de Tambopaxi (3800m), au cœur du parc National du Cotopaxi sera une journée de repos. Landes et paysages de Paramo à perte de vue. Plus de culture ici, mais, on le verra, de l’élevage extensif. Au loin, quand il veut bien se découvrir de sa couverture nuageuse, on découvre les glaces du  célèbre Cotopaxi (5890 m), second sommet du pays. Son  cône presque parfait est l’un des symboles du pays. C’est un volcan actif (relativement faiblement, il faut bien le reconnaître, quelques fumerolles tout au plus). C’est dit-on, le plus haut des volcans actifs du monde qui soit recouvert de glaces…C’est maintenant notre objectif, malgré un météo fort peu engageante: vent soutenu, développements nuageux importants.


 

                 Deux bonheurs nous attendent ici. D’abord, ça vole ! Depuis la colline qui domine le refuge (enfin, quant le vent veut bien faiblir un peu).


tambopaxi.jpg

                 
Et puis une vraie surprise !

                  Déboule sur la colline derrière nous un troupeau de bovins au grand galop, poursuivi par une équipe de « chagras », et par des cavaliers.

Nous finissons par comprendre que les vaches ont été lâchées dans les pâturages, mais que les taureaux doivent être récupérés et rembarqués dans le camion qui attend sur la piste.

chagratoro.jpg 

                            Nous pouvons admirer leur technique et leur courage devant les bêtes qui se défendent avec énergie. C’est en maniant le « cabrezo », lasso en cuir tressé, que les chagras parviennent, non sans mal, à les capturer, en s’y mettant à plusieurs.
chagra1-copie-1.jpg

                            Le cavalier est parti à la poursuite du taureau qui a réussi à franchir le barrage, on le verra revenir quelques temps après, le taureaux furieux, au bout de son lasso.
Lui, c'est un vrai cow boy! je l'ai vu à l'oeuvre, aprés la capture, il a besoin de souffler....

           Une fois tout ce monde rembarqué dans le camion, nous partageons une rasade de l’alcool local, puis nos chagras passent un petit coup… de téléphone portable au reste de l’équipe qui doit les attendre quelque part, et le convoi peut repartir.
cavalier2tambopaxi
Le cavalier, s’éloigne dans la pampa, solitaire, avec son chien, tel Lucky Lucke, « A poor lonsesome cow boy »….

 

                   J’avais assisté à une scène similaire lors de ma descente de l’Aconcagua en décembre 2007, mais là-bas il s’agissait de rattraper les mules de bâts qui transportaient nos impedimenta. Je m’étais posé des questions sur le dispositif de capture (bolas ou lasso) que je n’avais pas pu identifier, étant un peu trop loin. J’ai donc aujourd’hui la réponse à mes questions d’alors, il s’agit bien d’un lasso avec un nœud coulant, et non d’une bolas, qui est un instrument de chasse…

                                              

 

          Veillée d’arme.

           Demain nous attaquons. L’après midi est consacrée au repos…. Et au dessin ! Car je fais des émules ! Marc a apporté la boite d’aquarelle que Magali lui a offerte, Manu, architecte de profession, se partage entre les cours de perspectives qu’il nous dispense, et des créations originales.

  

 et Benjamin se laisse tenter :

  

 Voici sa première œuvre :  l’auberge Tambopaxi sur fond de sommet.

Prometteur, non ?


dessinmanu.jpg 

Et là, c'est Manu,  on reconnait le niveau professionnel....                       

             Quand je disais « Demain nous attaquons… » ce n’est pas tout à fait exact ! Le réveil sonne à …. 21h30 pour un petit café. Le 4X4 nous prend et nous dépose à l’attaque à 23 h. La nuit est claire, c’est la pleine lune.


                Nous sommes chaudement équipés. Pour les mains, du fait de ce qu’elles ont subies sur les pentes de l’Aconcagua, j’ai multiplié les précautions : sous gants, gant chauffants à pile (nouveauté technologique que j’ai expérimentée tout l’hiver), et sur-moufles, et aussi dans le sac, quelques chaufferettes. Rien ne sera de trop. Dans le sac, avec le parapente la doudoune bleue bien sûr.

 Le vent et le froid nous saisissent immédiatement.

Nous avons une heure de montée avant d’aborder le glacier où il faudra s’encorder.

 

  

Les glaciers Equatoriens.

Constamment « remis à neuf » par les fréquentes chutes de neige, les glaciers équatoriens n’ont pas le temps de se salir, ils sont magnifiques. La neige « transforme » aussitôt. Ils sont assez crevassés, et finalement dangereux, car la neige fond aussi vite qu’elle tombe, recouvrant des ponts de neige qui n’ont pas le temps de s’épaissir et de se consolider. La progression encordée est indispensable, il ne faut absolument pas négliger les techniques de sortie de crevasse, et disposer du matériel nécessaire. L’ascension de ces sommets se fait intégralement de nuit. On débouche au sommet au lever du soleil, pour pouvoir attaquer la descente avant que la neige ne ramollisse.


Cotopaxi, en Quechua, cela veut dire: "Le cou de la lune".


            Je suis encordé avec Fernando, notre guide Equatorien. Dans les rares moments de répit que laisse l’effort de la montée, on peut découvrir au loin, étonnant de contraste avec l’environnement glaciaire, l’immense étendue des lumières de Quito, pour lequel on ne peut éviter ici le lieu commun de « cité tentaculaire », tant la ville, au pied des montagnes étends ses excroissances dans chacune des vallées qui s’ouvrent à sa périphérie.

Mais mon acclimatation n’est pas encore suffisante ! Je souffre, et j’ai du mal à conserver mon équilibre, il me faut concentrer toute mon énergie, m’arrêter souvent pour reprendre mon souffle.

 

   Fernando s’efforce de donner un rythme le plus régulier possible. Un gros sérac, un ressaut raide à cramponner.

               Puis c’est la pente terminale que nous atteignons en même temps que le soleil. Il est six heure du matin. Ca y est, nous y sommes, accolades et congratulations.

dessins-equateurphotos-equateur_1072sommetcoto.jpg

Le vent est bien trop fort pour envisager de décoller, nous avons eu toute la montée pour nous faire à cette idée. Nous dominons le cratère, mais celui-ci est noyé dans les nuages, dommage !

 

     Retour à Papagayo, nous avons bien gagné une journée de repos, et celle-ce sera une superbe journée touristique. Nous irons à la lagune de Quilotoa. Cratère comblé par un lac dans une zone de paysages somptueux, zone où beaucoup d’indiens ont encore conservé leur habitat et  leur mode de vie traditionnel.

 

    Il nous faut choisir notre dernier objectif principal « montagne ». Alors Chimborazo (6300 m) ou bien Cayambe (5780 m) ? Il faut se rendre à l’évidence, il nous manque un peu de condition physique et d’acclimatation pour attaquer le Chimborazo. Ce sera le Cayambe. Ce volcan, glaciaire, présente une caractéristique intéressante : il est placé juste sur le fil de l’équateur, qui ne passe pas tout à fait au sommet, mais sur ses pentes à 4700 m d’altitude. C’est le point du monde où l’équateur est le plus élevé….

 

 

Question de référence.

Avec le Cotopaxi, et le Cayambe, nous aurons gravi les deuxième et troisième plus hauts sommets du pays, laissant de coté pour la prochaine fois le Chimborazo, 6268 m d’altitude. Mais qu’est-ce au juste que l’altitude ? C’est la hauteur par rapport au niveau de la mer. Problème donc, le niveau de la mer peut varier avec le niveau de glaciation entre autres (de l’ordre de 150 à 200 m !). Avec le réchauffement climatique et la fonte des glaces subséquente, il va nous falloir prévoir de réduire toutes les altitudes du fait de la hausse du niveau de la mer !

On aurait pu s’y prendre autrement, et dire que l’altitude d’un point est déterminée par sa distance au centre de la terre. Avec ce système de référence, le pole nord serait donc, selon l’épaisseur de la banquise, le point  d’altitude zéro à 6356 km du centre de la terre. La ligne de l’équateur serait, quant elle est au niveau actuel de la mer à « l’altitude »  22 000 m (du fait du renflement équatorial, voir ci dessus). Et le sommet du Chimborazo serait à l’altitude 22 000 + 6268 m = soit 28 268 m, et ce serait le plus haut sommet du globe !

 En effet, l’Everest, dont l’élévation par rapport au niveau de la mer (l’altitude, dans le référentiel actuel) est de 8848 m, est situé sensiblement sur le 30 éme parallèle. A ce niveau de latitude, le « renflement équatorial » n’est plus que de 14 666 m environ (22000/3).  De ce fait, l’altitude de l’Everest, si on se réfère au centre de la terre, serait donc de 14666 +8848 = 23 514 m, soit prés de 5000 m plus « bas » que le Chimborazo !

latitudezéro
Le Cayambe, latititude 0° 0' 0''

D’ailleurs historiquement, le Chimborazo a longtemps été considéré comme la montagne la plus haute du globe, ce qui n’est pas faux ! Et c’est d’ailleurs dans cet état d’esprit que l'a gravie Edwards Whymper ("quand il y a une volonté, il y a un chemin!", c'est lui!), qui ne s’est pas contenté d’inventer l’alpinisme en effectuant les « premières » du Cervin, de la Barre des écrins, du Vignemale, mais qui a aussi inventé l’Andinisme en gravissant  pour la première fois en 1880 le Cayambe et le Chimborazo (pour le Corazon, la première fut effectuée par La Condamine).

 

 

Le refuge du Cayambe, 4800 m, s’atteint en 4X4. Cette fois, dans la brume et le brouillard, l’environnement est typiquement alpin, minéral et glaciaire. Le refuge lui-même, gardé, par son agencement et son équipement ne déparerait pas dans le massif du Mont Blanc. Nous y rencontrons Céline, une scientifique française spécialiste des séismes, en mission en Equateur.

 

                          La revanche de l’ancien…..

Routine du lever à minuit, équipement, danse des frontales, d’abord sur la moraine, puis sur le glacier. Céline et son guide sont devant. Je m’encorde avec Fernando et Manu. En principe nous sommes le « maillon faible ». Sous les étoiles, s’installe l’espoir timide d’une journée sans vent permettant un décollage. Il fait un froid de loup.

Puis au fur et à mesure que nous gagnons de l’altitude, apparaissent les premières faiblesses…..
             Mais cette fois, ce n’est pas moi !


             Au contraire, je piaffe un peu et je commence à avoir peur, si jamais les défaillances se généralisaient,  de rater le sommet et un éventuel décollage. Regroupement dans la nuit, analyse de la situation et conciliabule. On refait les cordées. Fernando part vers le sommet avec Michel et moi, et Marc redescend avec les autres. (merci Marc !!!).

Même Michel n’est pas dans son jour de forme !


Nous repartons. La montée reprend une allure plus régulière, les pentes se redressent, et il faut trouver le cheminement au milieu des séracs.


             Quand nous atteindrons le sommet, le vent se sera levé, et une magnifique mer de nuage se sera étalée sous nos pieds.
Equateur-254.jpg
 
Depuis un moment nous savons que cela ne volera pas. Dommage, mais quelle superbe course !

 

 

   Après ces efforts, nous avions prévu de nous offrir une pause farniente et vols sur la cote du Pacifique, sur la plage de Crucita, « spot » de Soaring d’Equateur. Nous redescendons de nos montagnes, et au travers d’un paysage de bananeraies et de rizières nous gagnons la côte. Crucita est une petite station balnéaire au « standard » équatorien. Il y a une belle activité de pèche, les pécheurs remontant leurs bateaux sur la plage, et « l’Hostal Voladores » accueille les parapentistes, qui décollent 80 m au dessus, et viennent de poser sur la plage en fin de soaring. Si les crampons et le piolet ne sont plus nécessaires, ne pas oublier d’emmener dans le sac du parapente maillot de bain et serviette.

 crucita.jpg

            Et là, nous ne serons pas les seuls à occuper l’espace aérien. Nous volerons sous les oiseaux migrateurs que nous verrons passer loin au-dessus vers le nord, en formation de traversée au long cours et avec les Pélicans qui savent si bien exploiter « l’effet de sol » en rasant les vagues et rebondissent sur le moindre filet d’air.
Mais le plus spectaculaire, ce sont les magnifiques frégates à la silhouette si caractéristique en W qui se sont installées ici pour profiter de l’aubaine que constitue le va et vient de pécheurs, et qui prélèvent leur dîme à chaque occasion : remontée des filets, déchargement de la pèche du jour sur la plage etc..

crucita.jpg
Si la plus part des bateaux des pécheurs de Crucita sont désormais en plastique, il reste encore une ou deux pirogues, qui ne servent plus guére qu'a stocker les filets....

 

      oiseauxdedessusr.jpg

Voir les oiseaux et le Pacifique par au dessus, un privilège pour le parapentiste, mais aussi un défi pour l'aqurelliste!
                 

Nous remontrons sur Quito avec en projet un dernier vol montagne avant de rentrer. Nous avons prévu de gravir le sommet du  Gua Gua Pinchita, 4700 m, à proximité de Quito, par  un versant qui évite la ville. Un dernier lever un peu matinal, un petit déjeuner copieux et chaleureux dans une auberge de campagne vraiment rustique. La voiture monte haut jusqu’au refuge. Gagner le sommet sera une aimable promenade. Le temps est magnifique.
gamineequateur
 Confortable décollage, et atterrissage champêtre à proximité d’une ferme où nous ferons l’attraction matinale des paysannes indiennes, reconnaissable de très loin par l’incroyable éclat du rouge vif de leurs châles.

 

                                                   Pierre Do Bayart
                                      Quito (Ecuador) / Malissard (Drôme) mai 2009

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21 août 2007 2 21 /08 /août /2007 09:37

Ce lundi 23 juillet 2007, c’est en affrontant la  pluie et rafales de vent que nous gagnons depuis Super Bagnères, le refuge et le lac du Portillon (2671m), en franchissant au passage la Coume de Bourg, la Hourquette des Houts secs (qui aujourd’hui ne le sont pas tant que çà !), d’où par bonnes conditions il eut été possible de décoller pour écourter la partie pédestre de l’étape, et enfin le col d’Espingo.

 

Environ 1600 m de dénivelé en sept heures de marche avec dans le sac du parapente de quoi bivouaquer et suffisamment de ravitaillement pour compléter celui que nous pourrons trouver dans les refuges, et aussi bien sûr mon petit nécessaire à dessin…

Mardi, nous gravissons au dessus du refuge la Tusse de Montaquié (2889 m), où nous trouvons d’excellentes conditions de décollage. Nous nous poserons au lac Saussat pour les uns aux granges d’Astau pour ceux qui veulent en découdre, avant de remonter au refuge du Portillon, qui sera enseveli dans le brouillard l’après midi, avant de se dégager de la mer de nuage dans la soirée.

Mercredi, au sommet du pic Royo (3121 m), les conditions de décollage sont douteuses : la brise est forte et pas très bien orientée. Le plan de vol nous conduit  à franchir la brèche Lézat, ce qui nécessite une aérologie favorable. Nous attendons en remontant un abri bivouac qui pourrait nous servir pour nous abriter cette nuit si nous décidions de nous obstiner jusqu'à attendre demain matin que les conditions s’améliorent…. Heureusement, cela ne sera pas nécessaire, la brise se calme et s’oriente correctement. Nous décollons et franchissons sans problème la fameuse brèche… pour nous poser tous à l’issue d’un vol magnifique à proximité de la cabane de Sarnés (2230 m) sur l’étroit replat qui nécessite un délicat atterrissage à contre pente, sous l’œil étonné de randonneurs de passage et d’un berger trop heureux de voir tomber du ciel à qui faire la conversation…

 

          L’après midi, en contournant à pied le magnifique cirque des Crabioules à la hauteur des impressionnants travaux hydrauliques, nous gagnons le charmant refuge de Maupas et son petit lac propice aux ablutions.

 

 

Jeudi, le plan est de décoller à 2700 m sous les crêtes de la frontière espagnole, sous le pic de Boum, pour traverser la vallée et se poser au sommet du mont du Lis…

 En fait le vent du SW s’est levé, sous les crêtes frontières, nous sommes sous le vent. Les éclaireurs le confirment, le vol n’est pas sain, et c’est  pied que nous gagnerons l’objectif du bivouac de ce soir prés du lac de Port Viel (2445 m), en passant par le lac Bleu, le lac Charles et le lac Célinda où nous nous baignerons…

C’est à coté d’une cabane « secrète » que nous avons choisi de bivouaquer. La cabane, ignorée de la carte IGN, qui ne peut être trouvée que par les connaisseurs, construire par un « amateur » indubitablement éclairé, remarquablement aménagée, abrite confortablement quatre personnes maximum dans un site enchanteur.

J’en rêvais, je l’ai fait : j’ai choisi de dormir dehors dans ma voile. J’avais pris soin d’emporter un duvet léger et un matelas autogonflant pour mes vieux os. La nuit fut magnifique, la lune jouant à cache-cache avec les sommets, j’ai pu vérifier le sens de basculement de la grande ourse, le scintillement de Vénus et l’éclat diffus de la voie lactée …. Soudain, après quatre étoiles filantes, une bourrasque de vent s’est levée, s’engouffrant dans les caissons de ma voile, m’obligeant à la maîtriser… Après une accalmie, le vent s’est définitivement établi, compromettant le vol prévu ce matin : décoller sous le sommet du Mail Planet (2942 m), et rentrer d’un seul coup d’aile à Bagnères de Luchon…

Au matin, il faut se rendre à l’évidence, le vent est bien installé, et c’est à pied que nous redescendrons aux granges de Bourdalés pour regagner Luchon.

         

Ce fut une semaine magnifique malgré une aérologie peu clémente, merci à notre organisateur, Marc, et à toute l’équipe : Benjamin, Michel, Olivier, Sébastien et Vincent.

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26 novembre 2006 7 26 /11 /novembre /2006 17:00

        

 

Hier soir, le message attendu est arrivé,  la météo est favorable. Ce mardi 5 septembre, 4 h du mat, nous sommes invités à un petit déjeuner briefing au refuge du boulanger à Saint Gervais par l’association « vol 4807 » qui organise pour la vingtième année consécutive l’unique « compétition » au monde en « paralpinisme » à partir du sommet du Mont Blanc. Faute de compagnon de cordée (car en principe on s’inscrit par cordée de deux, autonomes tant pour la montée que pour l’éventuelle descente si ça ne décolle pas), je désespérais de pouvoir y participer, mais finalement, ma candidature en tant que « remplaçant » a été acceptée. Je ferai cordée avec Stéphane, médecin de l’organisation, qui n’a jamais volé en parapente, mais qui effectuera dans quelques heures son premier vol en parapente en décollant en bi-place du sommet du Mont Blanc !

La benne spéciale de l’aiguille du midi nous prend à six heures, et à 6h30 nous chaussons les crampons. Le jour se lève, le temps est superbe, les grosses chutes de neige de la quinzaine dernière ont recouvert la glace de fin de saison, les glaciers sont propres, et les conditions de progression sont optimales.

 

 

Le Mont Blanc du Tacul a la réputation d’offrir par sa rimaye un premier obstacle souvent redoutable. Cette année, il n’est est rien, elle se contourne sans aucune difficulté. Nous dépassons un groupe de skieur sans réussir à comprendre s’ils sont attardés du printemps 2006, ou trop impatient de l’hiver 2007. Epaule du Tacul et brève descente sur le col Maudit. Quand nous quitterons celui-ci, nous verrons s’y déployer des voiles de kite surf.

Le passage le plus technique de la montée est l’arrivée à l’épaule du Maudit, une quarantaine de mètres d’une pente raide et un peu glacée, mais le passage a été sécurisé par l’organisation qui y a posé une corde fixe.

Et là, stupeur ! Quatre ou cinq voiles soarent déjà au sommet de mont Blanc ! Vu que nous sommes une des premières cordées, elles ne sont pas de notre groupe, sûrement des petits malins qui ont capté la bonne météo que nous avions fait préparer, et qui sont montés hier soir dormir aux Cosmiques. Ils ont deux heures d’avance sur nous. Le spectacle est magnifique, et génère un sentiment ambivalent : s’ils ont décollés, c’est que les conditions sont bonnes, mais celles-ci le seront-elles encore dans deux heures, le temps d’atteindre le sommet ? La météo annonçait un vent de NW, orientation très favorable pour décoller, mais tournant à l’W, ce qui l’est nettement moins, car il faudrait alors décoller sur le fil très étroit de l’arrête des bosses… Aujourd’hui, si le décollage semble quasi assuré, le sera-t’il du sommet lui-même ? Ce spectacle nous fouette, et c’est avec fougue que nous franchissons le col de la Brenva, pour rejoindre au débouché du « corridor » l’itinéraire historique des premiers ascensionnistes du Mont Blanc, au fameux « mur de la côte »

C’est vers 12 h 30 que nous atteignons le sommet. Immense plaisir de voir, flottant au vent, bien orientées, les flammes du déco plantées à trois mètres sous le sommet, juste derrière l’arrivée de l’étroite arête des bosses, là où s’amorce un confortable plateau sommital.  Nous sommes chaleureusement accueillis par l’équipe des organisateurs. Parmi les « concurrents », nous sommes la seconde cordée arrivée, nous n’avons été précédés que par celle de Kti Devos, rédactrice en chef de « parapente mag », qui décollera juste avant moi. Ici, il faut tout à la fois, s’emplir les yeux et la tête du sublime paysage, goûter les victuailles préparées par l’organisation : Vin de Savoie, reblochon et saucisson, enregistrer les instructions pour le vol…. Mais surtout se préparer au déco, car selon l’adage paralpiniste, quand les conditions de déco sont bonnes, il ne faut pas attendre qu’elles soient meilleures !

Le décollage, dans un vent parfait est un moment sublime. Le plan de vol nous emmène sur Sallanches, et il faut tenir compte du NW qui va nous contrer. L’heure du soaring au sommet est passée : nous rencontrerons tout à l’heure quelques uns de ceux que nous avons vu tout à l’heure. Ils nous ont confirmés être partis tôt des Cosmiques. Au sommet, les conditions de déco étaient fortes, pas à la portée du premier venu. Entre temps, elles se sont bien adoucies.

C’est alors un vol grandiose. Un vol « contemplation » ou toute la tension et l’effort de la montée s’est instantanément libéré au troisième pas du décollage. Confortablement installé dans la sellette, jouissance d’entendre le vent siffler dans les oreilles. Où porter le regard ? Comment ne rien perdre du spectacle qui défile, et cela sans effort ! A quoi bon tenir les commandes, quand il suffit de peser juste un peu sur une fesse ou sur une autre pour trouver un meilleur angle de vue….L’arête des bosses se déroule sous mes pieds, et je peux y voir les cordées progresser. Je laisse à ma droite Vallot et le laboratoire de glaciologie, les grands espaces du dôme du goûter. Vu d’en haut, les méchants couloirs de l’aiguille du goûter ont un air quelque peu anodins. Sur ma gauche, se profile le fil aigu de l’arête de l’aiguille de Bionnassay et sa magnifique face nord.
En vol au dessus de l'aiguille de Bionnassay...

 Derrière, les Dômes de Miage (d’où je décollerai cinq jours plus tard…), et la vallée des Contamines.

C’est ensuite la transition, des très grandes montagnes et des immenses glaciers, vers les sommets plus secondaires, le paysage s’ouvre sur le val d’Arly, les cailloux et pierriers succèdent à la glace, puis les alpages avec leurs bergeries d’altitude, la forêt et les zones habitées. Belle photo du viaduc de Chedde. Certes il donne accès aux camions qui polluent gravement la vallée, mais il faut reconnaître, que techniquement, vu d’en haut, c’est une belle et esthétique réalisation. L’arrivée prévue à Passy, derrière le lac de la Cavettaz, dans la plaine de Sallanches (500 m d’altitude), nous aura permis un dénivelé total de 4300 m et de dérouler tous les paysages.

Ce « vol 4807 » 2006 aura été une réussite totale, tous les concurrents sans exception ont pu décoller du sommet, et se sont posés sans encombre à Passy. L’équipe d’organisation, sous la présidence de Didier Daval à fait un travail remarquable, et mérite grandement d’être encouragée.

Après midi dans l’herbe à regarder les « concurrents » se poser (je n’ai pas compris grand chose au règlement de « l’épreuve » qui portait sur le vol, et encore moins comment je suis classé 3éme, mais s’il y avait eu un classement sur la montée, j’aurai eu de bonnes chances de faire un classement honorable..). Le soir c’est dans le décor kitsch et quelque peu décalé par rapport à notre activité du casino de Saint Gervais que nous fêterons notre succès par un excellent buffet/repas…..

Pour voir la vidéo: http://www.tvmountain.com/ rechercher: "vol 4807"

 

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22 août 2006 2 22 /08 /août /2006 19:36

 

L’article 1 des statuts d’origine des Tichodromes (Tichodrome: Oiseau qui niche dans les falaises et qui du fait de la taille de ses ailes doit se jeter dans le vide pour décoller, mais c'est aussi le nom de mon club de parapente!) précisait que l’objet du club était la promotion du « Paralpinisme ». Force est de contacter que cette volonté des fondateurs du club ne s’est pas vraiment concrétisée, tant les contraintes de l’alpinisme se sont révérées trop difficilement compatibles avec celles du vol libre, tandis que le potentiel de gain d’altitude  et de vol des ailes et des pilotes n’ont cessés de se développer, comme en témoigne le fameux atterrissage au sommet du Mont Blanc l’été 2003 d’un groupe de parapentistes partis « d’en bas »….

Il n’empêche ! Pour ceux qui comme moi ont une longue histoire d’amour avec la montagne et l’alpinisme, décoller d’un sommet de haute montagne qu’on a atteint par des moyens « naturels » reste quand même un rêve, même si celui-ci n’est pas souvent facile à réaliser…. 

J’ai donc saisi l’occasion de participer à un  week-end paralpinisme organisé par Delphine Pille du club des Baronnies : Ce samedi 30 juillet, nous sommes montés au refuge du Glacier Blanc (2542 m), et de là, au Dôme du Monétier. Nous étions une dizaine (dont un bi-place), encadrés par Delphine pour le parapente, et pour la montagne par le Guide Eric Mossière. Nous avons décollés sous le Pic du Rif à 3400 m, par un temps magnifique dans de très belles mais petites conditions……

Superbe, Superbe, Superbe…. Atterrissage dans les immenses prés en amont de Monetier. Merci encore Delphine, ce n’est pas facile de réussir un coup comme celui-là !

Une semaine plus tard, je me retrouve inopinément libre pour deux jours, alors que la météo annonce une accalmie d’un vent du nord jusque là passablement impétueux.

L’objectif est vite trouvé, ce sera le Dôme des Ecrins (4015 m) magnifique et classique décollage orienté nord. Un problème quand même : je suis seul, je n’ai trouvé ni parapentiste ni alpiniste pour m’accompagner. Qu’à cela ne tienne, pas question de laisser passer l’occasion !  En cross j’ai pris l’habitude de l’auto-stop stop pour le retour, cette fois, je vais tenter la cordée-stop pour l’aller.

Dés mon arrivée au refuge des Ecrins (3170 m, après 3h15 de montée au taux de 0.11 m/s), j’informe le gardien de mon projet et de mon problème : trouver une cordée qui accepte de me prendre sur sa corde pour la montée au Dôme, parcours intégralement glaciaire et donc crevassé. Le refuge est plein, 80 % des cordées vont au Dôme, je pense naïvement que cela ne posera pas de problème….

Ce n’est pas si simple ! J’ai mis une affiche au guichet d’accueil, durant le repas je fais le tour des tables. Sans succès. Je commence à me faire à l’idée de monter tout seul. Au petit matin la glace est bien gelée et les ponts de neige sont solides. Très sincèrement je pense que le risque serait très raisonnable, mais je préférerai quand même ne pas le prendre, ne serai-ce que préserver mon image d’alpiniste prudent et responsable, et aussi sans doute pour m’épargner une pression psychologique inutile avant de décoller.

 Faut-il imputer l’insuccès de ma quête à la crainte de s’encombrer et de risquer d’être retardé, ou bien aux ravages d’une idéologie sécuritaire qui aurait atteint le milieu montagnard et ferait craindre, même pour un parcours aussi classique, de prendre sur sa corde un « inconnu » devant le « risque » de voir engagé sa responsabilité en cas de problème,  ? Sans doute un peu des deux !

Mais non ! Je suis trop sévère, car in extremis, je réussis à faire affaire avec une cordée en partance pour la Barre, qui accepte de me prendre sur sa corde jusqu’au Dôme. Bien sûr, je dois d’abord passer un très légitime « examen » oral: oui, j’ai des crampons, oui, ils sont bien réglés et je sais m’en servir, non, je ne les retarderai pas… J’apprendrai bientôt qu’il s’agit d’un guide et de son client belge. Ils refuseront ma proposition de contribution financière…Tope là, bonne nuit et à demain matin pour le ptit dèj à 3h30 !

Au matin, c’est la phase pratique de « l’examen », mais je m’en sors bien, nous prenons rapidement la tête du serpent lumineux  qui se love sur la face nord de la Barre, et quand nous arriverons au sommet du Dôme à 7h ( au taux de montée de 0.109 m/s), seul le soleil nous aura précédé, et encore, de peu de temps ! Nous nous séparons, ils continuent vers la Barre. Merci encore à toi « Gepetto » et aussi à ton client !

Au sommet, les conditions de déco sont idéales : 5 à 10 km/h de NE, aussi je décide de décoller du sommet même, solution plus élégante que le déco habituellement recommandé sous la brèche Lory.

Il est bien tôt ! Attendre un peu ou décoller tout de suite ? Si le vent se renforce, cela peut venir très vite, la prudence pour assurer le déco est de ne pas tarder.

Décollage.

J’avais mon plan de vol en tête depuis le début. A cette heure ci, rien d’autre à espérer qu’une aérologie calme, donc j’ai l’intention de faire un vol de finesse, au plus loin qu’il sera possible, le but ultime étant de me poser au bout de mon jardin à l’atterro officiel de la Bâtie des Vigneaux si cela est possible, et de consacrer toute mon attention au paysage.

Je tire donc à droite, passe sous le sommet de la Barre (4102  m), en croisant au passage toutes les cordées qui se dirigent vers le Dôme, et je réponds à leurs saluts…. A la brèche des Ecrins, je bascule sur le versant Glacier noir, le vide se creuse instantanément de plus de 1500m, et je me fixe un cap que je n’aurai plus à modifier avant les manœuvres de préparation à l’atterrissage. A cette altitude cela va très vite, ma bonne petite Kenya file comme le vent.

Je passe très haut au-dessus du glacier noir et de la Bosse de la Momie, puis c’est l’arrête du Pelvoux que je traverse à la hauteur du bas du glacier des Violettes : Il y a quelques années, c’est de là que nous avions enfin pu décoller, après avoir deux fois dépliés et repliés nos ailes dans un brouillard qui nous poursuivait depuis le sommet !

Puis c’est la traversée du vallon du Sélé,  derniers paysages exclusivement rocheux et glaciaires, j’arrive sur les alpages de l’arrête de la Rouya et de la Blanche. Une harde de chamois déboule loin en dessous de moi à une vitesse impressionnante !

J’arrive en terrain connu : le décollage de Puy Aillaud, et je suis à 1500 m d’altitude à la verticale de l’atterro de Vallouise (1200 m). La sagesse commande de s’y poser, j’ai pu calculer qu’il m’aurait fallu 4 à 500 m de gaz de plus pour aller jusque la Bâtie, mais mon vol aura prouvé que ce serait possible depuis le sommet du Pelvoux (3946 m), ce sera donc pour la prochaine fois !

Je me pose. Il est 8 h. Le camping de Vallouise (1100 m) s’éveille….

En distance, cela fait un vol de 15 km à finesse un peu plus de 6, mais ce n’est pas cela qui est vraiment important !

Une heure après, les sommets sont encapuchonnés, je n’ai donc pas eu tort de ne pas m’attarder !

 

                                                                        Pierre-Do Bayart, 6 Août 2006.

 

 

 

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