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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 21:23

carolinemathilde 1   

Pdo    

          Caroline-Mathilde est une belle coque norvégienne de 20 m aux formes rondes qui en font un bateau un peu rouleur, elle sera notre confortable « refuge de montagne » pour la semaine.

Cette unité de la flottille de 4 navires armée par « Escale Polaire », est un ancien bateau de sauvetage reconverti, fait depuis plusieurs saisons la campagne de ski de randonnées dans les Alpes de Lyngen, à l’extrême pointe nord de la Norvège, au niveau du 70 éme parallèle Nord, au-delà du cercle polaire Arctique.

Pour cette semaine, l’affréteur est la Famille Toulemonde, élargie au cercle des amis auquel nous avons la chance et le privilège d’appartenir. L’équipage est composé de Martin, le skipper, et d’Axèle qui, outre son rôle de marin gérant nos atterrissages et nos « récupérations » en Zodiac assurera avec chaleur et efficacité le rôle d’hôtesse et de cook.

C’est une équipe internationale de dix skieurs de montagne qui le rallie.

cartecarbone

Cette fois, nous serons deux à dessiner, Gilles et Pierre-Do. Les premiers moments  pour dessiner nous sont offert par les aéroports:

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Première escale, Francfort, (Dessin de Gilles)

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Puis Oslo...(Dessin de Gilles)

       C’est à Tromso, capitale du nord de la Norvège que nous embarquons.

Dimanche premier débarquement sur la presqu’île de Reinoya, au pied du Saeterelvtinden (872 m).

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Pdo

C’est l’initiation : apprendre à débarquer sans se mouiller les pieds (merci Axèle), traverser l’estran sans glisser sur le varech pour chausser les skis sur la plage….

zodiac

Dessin de Gilles

Nous ne serons pas seuls : un magnifique gréement ancien est au mouillage, le superbe ketch norvégien « Goxsheim » que nous rencontrerons régulièrement aux hasard de nos projets est venu mouiller dans le secteur pour déposer aussi une équipe de randonneur.

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Dessin de Pdo

Il y a dix ans, seuls les Français pratiquaient ici le ski de randonnée « Alpin ». Bernard Audrezet avec son bateau « Isbjorn » (ours polaire) a inventé ici ce fabuleux concept du ski de randonnée alpin au départ d’un bateau. Depuis le succès est arrivé, Bernard affrète désormais 4 navires, et l’on observe l’arrivée de nouveaux bateaux.

Pour les Norvégiens le ski de randonnée s’entendait jadis « randonnée nordique », privilégiant la distance et évitant les dénivelés trop abrupts. Ils ont maintenant, certainement grâce à Bernard, découvert le trésor qu’ils détenaient avec les « Alpes de Lyngen ». Celles-ci,  culminant à 1800 m avec le « Mont Blanc Arctique » offrent un terrain de jeux idéal aux skieurs/alpinistes, avec en bonus une vue incomparable sur la mer qui s’insinue dans un dédale d’îles et de fjords. Il n’est donc plus rare de partager la trace (de montée ! Car pour la descente, dans ces vastes étendues de neige fraîche, c’est chacun la sienne !), avec des « autochtones ».

C’est un gros coup de vent qui nous accueillera sur la crête du Lemma (689 m) antécime de notre sommet. Les plus déterminés atteindrons quand même celui-ci, mais nous profiterons tous d’une magnifique descente dans une superbe neige.

        Axèle nous récupère en Zodiac, la soupe chaude et le casse-croûte de retour de course nous attendent déjà dans le carré.

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Dessin de Gilles

Nous traversons le fjord pour rejoindre sur le continent, le versant ouest de la chaîne principale des Alpes de Lyngen. Il faut pour la nuit accoster dans le petit port de Lenangen, mais le seul emplacement libre est pris par les glaces ! Par une série de va et vient il faudra casser la glace avec la coque du bateau pour nous rapprocher du quai. Et là, par une manœuvre quelque peu périlleuse, Axèle qui n’a pas froid aux yeux, pour amarrer le bateau, épatera notre groupe d’alpinistes en gravissant en libre intégral au-dessus de l’eau glacée, en bottes de marins, la hauteur verticale couverte de neige et de glace du quai à marée basse.

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Dessin de Pdo

       Lundi c’est avec de meilleures conditions météorologiques que nous atteindrons le sommet du Stetinden (918 m). Pour les plus affamés il y aura un bonus avec le sommet d’en face: 250 m de plus et encore un bon coup de vent à encaisser au sommet, avant de se retrouver tous au bateau.

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Dessin de Pdo

Puis c’est la routine qui s’installe : récupe, casse-croûte, larguer les amarres et, tout en contemplant les traces de godilles qui vont jusque la mer,  se laisser emmener par le bateau au prochain point de départ : l’appontement de l’usine de crevettes de nord Lenangen au Pied du « Stor-Galten » (le grand véra) prévu pour demain.

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      Dessin de gilles

Le Stor-Galten, 1219 m est un sommet plus alpin. Le ressaut terminal implique un cheminement entre plaques de glace et de cailloux (crampons ou couteaux utiles). Les conditions météo s’améliorent encore : pas de vent au sommet, d’où l’on peut découvrir dominant la mer le superbe cirque glaciaire du versant ouest (qui permet une traversée est-ouest de la péninsule que j’ai eu l’occasion de faire il y a quelques années).

Le contournement par le bateau de la pointe Nord des Alpes de Lyngen nous permet de découvrir lors de la navigation du soir, leur versant est, sauvage et escarpé. Ce sera l’inoubliable panorama des deux jours suivants.

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      Dessin de Pdo

Après une nuit dans le petit port de Splinknea , nous atteindrons tous le sommet du Storhaugen (1142 m) (le grand pré), Gilles n’hésitant pas dans la montée à prendre ses jambes à son cou pour atteindre le sommet, une première fois, avant de redescendre à mi-pente pour y remonter une seconde fois.

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      Dessin de Gilles

La traversée du soir nous emmènera dans le charmant petit port de l’île d’Uloya (ses séchoirs à morue, son bac pour voitures piétons et randonneurs, son unique commerce, son église….). Nous serons à couple du très beau ketch « GOXSHEIM »  que je peux mitrailler en photo en perspective de futurs dessins.

 

La traversée de l’île d’Uloya est un « immanquable » du secteur. Montée en pentes douces au sommet (1068m) qui domine le port. Falaises vertigineuses qui plongent à l’est. Parcours de crête que l’on chevauche en plein ciel,  la mer des deux cotés. Du sommet nord, repérer les deux petites îlots au bord de la côte qui abritent du ressac la plage où le zodiac d’Axéle viendra nous rechercher, et plonger dessus à la godille.

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      Dessin de Pdo

Ce soir au mouillage des îles Nipoya il restait un dernier terme du « contrat » à remplir : l’aurore Boréale. La nuit tombée, Martin nous appelle, sa veille aux aurores est cette fois fructueuse, il faut se sortir du lit pour aller la contempler.

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      Vendredi : dernière course : le Pic de l’aigle (tiens donc, les sommets prennent des noms français…).

Depuis hier, le temps est en train de changer. Prés de 8° mesurés l’après midi sur le pont du bateau qui, en partie couvert de glace, n’avait jusqu’à ce jour connu que des températures négatives. La neige poudreuse depuis le début du séjour est en train de « tourner ».

Avec la proximité de la mer, il n’y a pas cette amplitude thermique entre le jour et la nuit que nous connaissons dans nos montagnes, et la neige ne « transforme » pas.

Pour le Pic de l’aigle, ce sont d’abord de longues pentes douces, qui brusquement débouchent sur une crête effilée ourlée d’impressionnantes corniches surplombant le vide, dont le parcours un moment aérien mène au sommet (1100 m).

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Dessin de Pdo

Dernière descente, dernière récupe. Le soleil est de la partie, et les plus audacieux, Caroline, Gilles et Frédéric, terminent notre voyage par un plongeon dans la mer à 4° avant que  Caroline-Mathilde nous ramène à Tromso.

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Pierre-Do Bayart, avril 2010

Dessins Pdo Bayart et Gilles Toulemonde.

 

            carte1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 15:24

chevalfaysurlignon

          Ce mercredi 21 octobre, la burle hurle sur le plateau du Velay, elle s’engouffre dans les rues du bourg, et balaye la place du foirail. C’est le jour de la foire aux chevaux à Fay sur Lignon.

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Sur le foirail sont rassemblés de superbes « comptois », pour la plus part, des alezans à crins lavés. Cette belle race de chevaux de traits est maintenant principalement élevée pour la viande. Certes, on ne voit plus guère de boucheries chevalines à notre époque, mais il semble qu’il subsiste un relatif marché, en plein déclin cependant.

comptois

 

Manger de la viande de cheval ? Pour un (ex) cavalier, quel dilemme ! Pourtant, pour les responsables de la filière, c’est le seul moyen de préserver le patrimoine génétique de cette magnifique race, en lui donnant un débouché qui lui permette de se perpétuer.

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Pour dessiner, aujourdhui, il faut être motivé, avec ce froid qui gèle les doigts !
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Toutes les races de chevaux de travail sont menacées de disparition, faute de débouchés. Et pourtant, quelles merveilles obtenues après des siècles de sélection !
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J’en connais une autre, au-dessus de chez moi, sur le plateau du Vercors. Je suis en « affaires » pour gérer un terrain de parapente, avec un éleveur du nom de « Barraquand », détenteur de la race éponyme de chevaux de travail du Vercors, qui cherche avec l’administration des Haras nationnaux à perpétuer celle-ci.

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 Je n’ai pas encore pris le temps d’en dessiner un, mais promis,  je ne manquerai pas l’occasion de le faire dés qu’ils seront remontés de la plaine de la Crau où ils passent l’hiver sur leur paturage du Grand Echaillon.

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Les mères sont accompagnées de leur poulain de l’année qui sont presque aussi grands qu’elles ! Ces derniers font l’objet d’apres marchandages entre les maquignons à la trogne plus vraie que nature. Lorsque viendra le moment de la séparation, la place se remplira de hennissements déchirants, sans doute ont-ils compris que leur sort n’était pas forcément enviable.


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                                                                                               Pierre-do Bayart
                                                                                               09/01/2010

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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 10:40



           11 Septembre 1969, Marcq en Bareul,
           11 Septembre 2009, Erevan (Arménie)

Il y a 40 ans, jour pour jour, nous partions aussi pour un long, très long, voyage à deux…..

De la fenêtre de la chambre d’hôtel, le Mont Ararat, la montagne sacrée des Arméniens (5165 m), se découvre dans toute la splendeur du matin. Malheureusement pour les Arméniens, la géopolitique qui n’a laissé à l’Arménie qu’une petite partie de son territoire historique, les deux monts Ararat (le petit et le grand) se trouvent désormais de l’autre coté de la frontière, en Turquie.

 

Je suis bien inspiré de faire ce croquis dés maintenant, la prochaine fois que nous le verrons sortir des nuages, ce sera le dernier jour de notre séjour.

Derrière l’enchevêtrement d’habitations traditionnelles, de constructions de l’époque soviétique plus ou moins décaties, le clocher de la nouvelle basilique saint Grégoire l’Illuminateur, le saint rescapé d’un séjour de 13 ans dans le cachot souterrain de Khor Virap (au pied du Mont Ararat). Celui-ci, par son miracle, a convaincu le roi Trinidate III de déclarer le christianisme religion d’état, première mondiale en l’an 301. Cet évènement est à l’origine de la très forte identité nationale des Arméniens, identité qui fut fortement chahutée par les vicissitudes de l’histoire dont l’événement le plus dramatique fut certainement le génocide de 1915….

 

Place de la République, Hanranpetunyan, ex Place Lénine. Un bel exemple d’architecture soviétique. Celle ci, souvent justement critiquée pour sa lourdeur, est ici à « taille humaine ». Les bassins sont équipés d’un système de jets d’eaux sophistiqué, et chaque soir à 21 h il y a un magnifique spectacle de « fontaines chantantes », sons, lumières et jeux d’eaux.

 

Les Arméniens ont leur(s) église(s), -la toute première historiquement-, et, sans entrer dans des détails compliqués, leur pape : le « Catholicos de tous les Arméniens », et leur « Vatican », situé dans la localité au nom imprononçable d’Edjmiadzin (mais il faudra s’habituer aux noms imprononçables !). Ce « Vatican » est lui aussi « à taille humaine », et s’y promener pour nous fut un régal par une belle après midi de début d’automne.

 

A proximité de celui-ci, l’église de Sainte Hripsimée, vierge et martyre. Martyre pour avoir successivement refusé les avances de l’empereur romain Dioclétien, puis celles du roi d’Arménie Trinidate. Est-ce grâce ou à cause de cela que c’est cette église que choisissent les couples pour faire bénir leur union ? Martyre pour martyre, va savoir !

En tout cas la longueur de la limousine des mariés atteste de leur volonté d’afficher une certaine réussite sociale !

 

Avec la religion, l’autre facteur d’identité nationale est la langue et l’écriture. Lorsque nous quitterons l’Arménie après deux semaines, nous ne serons toujours pas capables de prononcer le moindre mot en Arménien, pas même un simple « bonjour », « au revoir » ou « merci » ! Et pourtant notre mode de voyage, en autonomie, nous faisait éviter les structures trop adaptées aux touristes.

Pour l’écriture, celle-ci utilise un alphabet de 36 lettres (qui sont aussi des chiffres avant que les Arméniens n’adoptent le systéme des chiffres arabes), inventé en l’an 405, par « Saint » Mesrop Machtot, grand homme vénéré de tous les Arméniens. Il a donné son nom aux rues principales de toutes les villes du pays. Cette écriture est officiellement présentée comme étant proche de la perfection Divine, beaucoup trop certainement pour nous être accessible !
       
Saint Mesrop Machtot, Un grand savant sûrement, un grand Saint sans aucun doute, mais certainement pas un rigolo ! L’autre, qui a l’air d’avoir du souci,c’est plutôt un géographe, un savant respectable lui aussi, car il a droit à une place d’honneur à l’entrée du « maténadaran »le « haut lieu » de l’écriture Arménienne !

 

Nous attaquons notre périple autour du pays en « Marshroutka », ces minibus qui sillonnent le pays, qui partent quand ils sont pleins à 120% minimum de leur capacité. Destination Goris, dans le sud, prés de la frontière iranienne. Le tarif est imbattable : 2500 DRAM par personne pour 250 km, soit environ 4, 5 €. A ce prix là, il ne faut pas être trop exigeant sur la ponctualité, et nous attendrons plus de 3 h pour décoller…

Les relations avec les autres passagers se font à l’aide de sourires dont il faut essayer de moduler l’expression selon ce que l’on veut dire. Grande fut notre surprise quand notre voisine, entre deux coups de téléphone portable, se mit à nous interpréter en français l’intégralité de « En passant par la Lorraine ».

 

Notre parcours sera jalonné par la visite d’une partie des plus célèbres « monastères » qui constituent pour l’Arménie une immense richesse architecturale autant qu’un témoignage se son prestigieux passé, et un « ciment » de l’identité nationale. Construits entre le XII et le XIII siècle, dans des sites naturels superbes, ils sont innombrables. Généralement de petite taille. On a souvent prétendu, à tort,  qu’ils étaient à l’origine de l’art Roman. Chacun d’eux à sa manière est un petit bijou.

 

Le premier que nous visiterons, c’est le monastère de Tatev.

On y trouve la fameuse « colonne oscillante » (maintenant immobilisée) surmontée par un de ces fameux « Katchkars », pierre votive que l’on trouve partout en Arménie et qui en constitue l’autre « spécialité ».

 

Preuve de l’importance des monastères dans l’identité nationale Arménienne, on peut y voir des militaires en visite par section entière….

 

Puis ce sera Noravank, dans sa gorge sauvage.



 

Lors de l’étape au B&B Yegheghnadzor, nous avons la chance de rencontrer un autre « carnettiste », Jean-Baptiste Nee. Et quel carnettiste ! Il sait rendre la montagne comme j’aimerai tant savoir le faire. Nous comparerons nos carnets de voyage et  passerons la soirée entière à échanger sur le dessin en voyage.

 

Marre des monastères ! De temps en temps rendre un peu de liberté à son inspiration !

 

Par le col Sélim, au travers de l’immensité de ses espaces, son caravansérail que notre chauffeur pressé a essayé d’oublier, nous remontons sur le lac Sevan, ses monastères au bord de l’eau et ses immenses étendues de Katchkars.

 

            C’est un pays d’élevage extensif, les troupeaux sont gardés par des cavaliers montés sur le petit cheval de la race « Karabakh », le foin est récolté sur de très vastes étendues, et il est stocké dans les villages dans des meules, trés hautes et étroites, dressées comme autant de nefs de cathédrales gothiques.
 

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Escale à Dilidjan dans un B&B aux prestations, disons hétérogènes. Cinq étoiles pour la cuisine, réellement « de terroir », quant à la plomberie, elle est aussi…de terroir !
 
 Nous y sympathiserons avec 4 routardes anglaises rudement dégourdies.

 

Le monastère Haratzin est remarquable par son grand réfectoire, dont on remarquera l’éclairage par le haut. Il est en plein travaux de rénovation.

 

Le village de Sanahin est le pays des frères Mikoyan. Anastase, l’indéboulonnable ministre des affaires étrangères de l’URSS qui a réussi à survivre à toutes les purges, et Artem, l’un des concepteurs et constructeurs des fameux « Mig ».

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Les premirs Mig de la seconde guerre mondiale, le Mig 15 de la guerre de Corée, et le Mig 21 de la guerre du vietnam, avions qui ont équipé toutes les flottes des « méchants » de la guerre froide, et qui ont donné tant de fil à retordre à Buck Danny et à ses deux équipiers, Sonny Tucson et Jerry Tumbler.

 

A Sanahin, un Mig 21 est exposé devant le musée consacré à Artem.

 

A Sanahin, il y a aussi un très beau monastère…

 

Nous ferons deux visites au monastère de Haghbat, pour pouvoir le voir sous le soleil.


Gyumri, anciennement Alexandropol, ville frontière avec l’empire russe, fut en grande partie détruite, avec sa voisine Spitak, par le grand tremblement de terre de 1988. On y trouve à coté des décombres, sous un grand arc de triomphe, une statue monumentale de Charles Aznavour.

C’est le pays des Yézidis, les « Adorateurs du Diable » comme on les appelles. Ethnie kurde de pasteurs pacifiques, professant une religion syncrétique entre islam, christianisme et Zoroastrisme, dont il reste quelques petits groupes entre l’Arménie, l’Iran l’Irak et la Turquie. Adorateurs du Diable ! Comme quoi les groupes humains à la recherche d’une forme de consensus ou d’œcuménisme ne sont pas vraiment récompensés ! Bravo les intégristes !

 

Le monastère de Harichavank est aussi la résidence d’été du catholicos, et ce bel escalier lui permet d’accéder directement à la Basilique depuis ses appartements.

 

C’est le retour à Yerevan, et le moment de consacrer un temps de recueillement au génocide en allant visiter le mémorial.

 

21 Septembre, c’est « Fêt. Nat. » à Yeravan. Le 21 septembre 1991, par référendum à une très forte majorité, les Arméniens ont choisi que quitter l’URSS. Ce soir il devrait y avoir concert sur la place de la République.

           Place Andranik, la « gare routière » des Marchoutka est dominée par cet imposant bâtiment, qui fut un grand cinéma, magnifique témoignage de l’époque soviétique : architecture monumentale pour promouvoir la « culture des masses », ce qui n’était sans doute pas le pire des concepts de cette époque. Vicissitudes des utopies, celui-ci est maintenant un bazar oriental, et la nomenklatura de l’époque qui s’est reconvertie dans le business n’hésite pas à afficher sa réussite en circulant dans toutes sortes de véhicules : le 4X4 est de rigueur, mais pourquoi pas une Roll-Royce ou un « Hammer » ?

 

Dans la campagne, la mécanique est moins reluisante que dans la capitale, ce vieux tracteur, sur la route de Khor virap, a du rendre bien des services!!!!tracteurkhorvirap

Depuis quelques jours le temps s’est franchement dégradé. Gros orages et pluies diluviennes. Il ne faut pas s’en étonner ! Ne sommes nous pas au pays du déluge ? Les prévisions météo ne sont pas bonnes, et il nous faut renoncer à notre projet montagnard d’aller gravir le mont Aragatz, volcan qui est le point culminant (4090 m) de l’Arménie actuelle, dont l’un des sommets (3850 m) est accessible aux randonneurs. Qu’à cela ne tienne, il nous reste bien des choses à voir !

 

Le Temple grec de Garni, dans les Thermes duquel on trouve l’inscription suivante :

 

            Autrement dit, avec les mots d’aujourdhui : « Travailler plus pour gagner moins »

 

Le taureau qui tient en laisse deux lions encadrant un oiseau de proie tenant un bélier dans ses serres, ce sont les armoiries des princes Prochian qui furent un moment locataires du monastère de Gheghart, et par-là même détenteurs d’un morceau de la (vraie) lance qui a percé le flanc du Christ lors de la crucifixion. Tous les autres sanctuaires qui prétendent détenir cette lance, ne sont bien entendu que de vils imposteurs.

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Et puisqu’il faut bien finir la série des monastères, nous finirons par celui ou tout à commencé, celui de Khor Virap, celui où après treize ans, Saint Grégoire l’Illuminateur……. (voir ci dessus !) et où nous retrouverons la trace d’Hannibal qui a séjourné dans le secteur après son périple alpestre et sa campagne italienne.

C’est aussi ici que passe la frontière avec la Turquie, le long de la route « stratégique » qui longe la clôture barbelée…

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Et à ce moment le Mont Ararat nous fera le plaisir de se découvrir enfin. Ce qui me permet in-extrémis de faire ma propre version du dessin ou de la peinture le plus souvent réalisé en Arménie  (Juste avant celui que je vous épargnerai, de Noé, accompagné de tous les animaux de la création, descendant du Mont Ararat où son arche s’est échoué).

                                                          

Sainte Hrispsimé est décidément une sainte très conciliante (enfin, pas avec ses prétendants, çà, on l’a vu !), nous avons beaucoup, beaucoup tardé à venir lui rendre visite. Elle ne nous en a pas tenu rigueur. Nul doute que ce soit sous son aile protectrice que nous ayons accompli ce magnifique voyage !

 

 

                                                                        Pierre-Do et Anne. Sept 2009

           11 Septembre 2009, Yerevan Arménie.

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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 00:30

 

                                 Escalades des grands volcans d’Equateur, mai 2009

 

  cotopaxi-copie-1.jpg

 

 

                 Quito, mai 2009 au cœur de la vallée des volcans, avec mes quatre compagnons : Marc, Benjamin, Michel et Manu, nous avons en projet de gravir les principaux sommets de l’Equateur, et si les conditions le permettent, d’en descendre en parapente.

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Quito (2700 m d’altitude), est dominée par de magnifiques volcans, certains menaçant de reprendre leur activité, tel le Pinchincha qui domine immédiatement la ville, d’autres comme le célèbre Cotopaxi (5890 m, en activité), au cône parfait, sont d’une altitude telle qu’ils sont recouverts de glaciers.

                   La ligne de l’équateur passe à quelques km au nord de la ville, dans un endroit devenu célèbre sous le nom de « Mital del mundo ». Elle a été localisée là par une équipe de scientifiques français, lors de l’expédition « La Condamine » entre 1735 et 1745 qui a également calculé que si la terre était un globe, celui-ci présentait au niveau de l’équateur, un renflement de 42 km : si la distance du centre de la terre aux pôles (rayon de la terre) est de  6 356 km, celle du centre de la terre à la moyenne de l’équateur est de 6 378 km, soit un écart de 22 km. Nous verrons plus tard tout l’intérêt de cette particularité…

                   C’est le mauvais temps qui nous accueille, et c’est sous la pluie que nous visitons la très belle ville coloniale.

                    Les magnifiques constructions, cathédrale, monastères, permettent à une religiosité exubérante de s’exprimer sans craindre d’en faire trop dans le registre kitsch….

 

 

devotions  

                       L’Equateur sort tout juste d’une période d’élection, les murs sont couverts de graffitis électoraux, dont un bon nombre dans le registre « libertaire -  anarchiste ».


                        Nous sommes hébergés à la « Casona de Mario », très sympathique auberge de routards. Nous y faisons une première rencontre à la fois agréable et utile : Anna, en mission pour la Communauté européenne pour la surveillance de la bonne tenue des élections qui viennent tout juste de se terminer, y termine son rapport. Rencontre utile, car la compagnie Avianca m’a perdu un bagage (contenant entre autre mon matériel de dessin. Quelle erreur que de ne pas l’avoir conservé dans le bagage à main,  quel piètre voyageur je suis !). Anna, qui maîtrise parfaitement l’espagnol, m’aide dans mes démarches, et 48 h plus tard, j’aurai récupéré ma boite d’aquarelle (déjà rescapée des pentes sommitales de l’Aconcagua !) et mes crayons….


 




Pendant que je dessinais leur avion à Madrid, les gars d'Avianca étainet en train d'oublier mon bagage!


          L’Equateur ne défraye pas la chronique internationale autant que ses turbulents voisins. C’est Rafael Corréa qui vient d’être réélu Président de la République. C’est un Président relativement consensuel qui semble consacrer toute son énergie à obtenir un  développement plus équitable de son pays. Anna nous explique cependant les ravages que causent dans le versant amazonien les compagnies pétrolières, et le désarroi des petits groupes ethniques qui y vivent.  Le processus démocratique qui leur a été proposé n’est pas forcément très adapté. Sur quelles bases peuvent-ils se prononcer, alors qu’ils sont illettrés et soumis par ailleurs à la destruction de leur environnement et de leur mode de vie ?  Qui plus est le processus est particulièrement complexe, il faut sur un seul bulletin choisir les élus à tous les niveaux du gouvernement. Il en résultera dans ces zones un très fort niveau d’abstentions.

 benjamin
                    Une première marche d’acclimatation nous emmène du sommet du récent télécabine de 4000 m au sommet du Rucu Pinchincha (4630 m). L’altitude se fait déjà sentir, mais  pas de problème pour atteindre le sommet. Pas question cependant de voler par ce mauvais temps.

 

 

 

papagayo.jpg
              Auberge PapaGayo, à Machachi, au sein de l’Hacienda Bolivar, au pied du Volcan Corrazon. Nous avons quitté la grande ville.
              C’est le choc.

  Le choc du vert.

paysagequilotar.jpg
              La Sierra Equatorienne est un pays incroyablement vert. C’est vrai qu’il y pleut beaucoup (tous les jours ?). Mais nous ne nous attendions pas à trouver dans un pays de montagne aussi exotique, comme un bocage déroulé sur les pentes jusqu’à des altitudes de 4000 m et plus… Prairies et herbages, haies et bosquets, champs de fourrages, de céréales ou de pommes de terres gravissent les pentes jusqu’à la limite du « Paramo », offrant aux troupeaux de vaches un paysage agreste et opulent….
  

paysagepapagayo.jpg

          Saurai-je rendre à par le dessin et l’aquarelle la beauté de ces paysages ? C’est un peu un « challenge » car le vert est loin d’être la couleur la plus facile !

 

                     Dominant ce paysage, le volcan (éteint) Corrazon (4770 m) est notre premier objectif. Celui-ci n’offre guère de résistance, mais surtout une magnifique surprise : les pentes terminales rocheuses et escarpées se terminent par une vaste plate-forme à peine encombrée de blocs. Le vent est favorable (forcissant).

            Il ne nous faudra pas beaucoup de temps pour déplier nos ailes et décoller pour profiter de ces bonnes conditions, pour un vol qui nous verra nous poser à proximité de Papagayo dans un paysage paisible et bucolique.


Atterrisssage du Corazon 

           
               Nous espérons renouveler ce succès, en montant un cran dans le niveau d’acclimatation. Nous nous attaquons à l’Illinas norte, 5126 m. Départ au petit matin par beau temps. Au début tout se passe bien. Nous dépassons le refuge, mais le temps se dégrade assez vite.
illinas sur
 Il faut escalader l’arrête qui mène au sommet, et là petit problème ! Mes pas deviennent hésitants, mon souffle court, je dois multiplier les pauses, bref, j’ai une défaillance, je manque d’acclimatation. Pourtant, hier, j’étais le premier au sommet ! Que se passe-t-il ? A 150 m sous le sommet, je laisse mes compagnons  gravir le ressaut terminal dans le brouillard sans les accompagner, ce qui me laisse le temps de méditer sur le temps qui passe et mes performances qui ne vont pas en augmentant. C’est un premier renoncement, il faudra sans doute que je m’habitue….


                 Retour de mes compagnons, en fait le sommet n’était qu’à 60 m, mais il faut descendre vite, l’orage menace. Nous reconnaissons au passage d’un col l’endroit d’où il eut été possible de décoller par beau temps, mais il faut filer, et nous rejoindrons la voiture et notre chauffeur à l’instant précis où l’orage de grêle se déclenchera avec violence.

 

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                   L’Equateur est sans doute un pays « pauvre », mais c’est un pays d’agriculture prospère, et sans doute partout, on y mange à sa faim. Eau et soleil, et aussi dans la Sierra, de très riches terres volcaniques permettent à l’Equateur d’être aisément auto suffisant dans son alimentation. L’équateur est aussi un gros exportateur : bananes, café, cacao etc. Selon les zones : côte du Pacifique, Amazonie ou la Sierra, les paysans produisent fruits et produits maraîchers de toute nature, riz, avocats, ananas. Tous les marchés sont opulents et rutilants de couleurs. Dans la Sierra, c’est principalement l’élevage, le maïs, les pommes de terres (qui est ici à l’instar du maïs une plante indigène) et la quinoa. L’Equateur est aussi un grand pays de pèche (crevettes, langoustes), et sur beaucoup de marchés, on trouve du poisson.


Mais ce n’est pas tout !


             Tout autour de « Papagayo », s’étendent d’autres Haciendas où sont installées d’immenses serres, pour la culture des roses. Celles- ci sont vendues en fleurs coupées à l’exportation dans le monde entier. Cette activité occupe une bonne partie de la population : on voit régulièrement les bus scolaires faire des vacations supplémentaires pour amener le personnel d’exploitation  sur place. Cette activité apporte de bons revenus. Le niveau de vie est ici comparable à celui du Chili, qui est traditionnellement considéré comme la « Suisse » de l’Amérique latine. J’ai l’occasion de découvrir par des chemins contournés et en bravant quelque peu les interdictions, les chiens et les gardes armés, les somptueuses propriétés aux jardins tirés au cordeau, témoignant du caractère lucratif de cette activité.


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               Ce sera l’occasion d’un dessin, et d’un échange de sourires (hélas je ne parle pas l’espagnol), avec la petite Tania, fort intéressée par ce que je fais. Elle acceptera de signer mon dessin.   

 

 

                    On peut aussi s’interroger sur l’intérêt écologique de cette activité, qui nécessite l’usage de produits de traitement de toute nature, dans un pays où la culture de la protection des travailleurs et de l’environnement n’est pas forcément une priorité. Mais il paraît que de gros progrès sont en train d’être réalisés dans ces domaines. Ils sont sûrement nécessaires.

 

                      Et il n’est pas un restaurant ou le plus modeste bistrot qui n’ait sur ses tables un charmant bouquet de roses…


 Les fleurs, ce n'est pas vraiment mon sujet d'inspiration favori, je suis plus à l'aise avec les avions ou les bateaux, mais là je n'ai pas le choix, il faut que je m'y colle!

..et les patates…

                          La pomme de terre, originaire de cette partie des Andes, est sans doute un des plus beaux cadeaux qui ait été fait par cette région à l’ensemble de l’humanité. Que serait l’alimentation humaine sans ce précieux tubercule ? Il y en a ici plus de 500 variétés, et elle sont cultivées jusque 4000 m d’altitude dans une belle et profonde terre noire volcanique.

Il y a aussi la ville de Patate, le long du rio Patate, sous les pentes du volcan Tungarahua, qui vient juste de se réveiller. Mais, çà, c’est plus anecdotique.

 

                         Le transfert sur la très confortable auberge d’altitude de Tambopaxi (3800m), au cœur du parc National du Cotopaxi sera une journée de repos. Landes et paysages de Paramo à perte de vue. Plus de culture ici, mais, on le verra, de l’élevage extensif. Au loin, quand il veut bien se découvrir de sa couverture nuageuse, on découvre les glaces du  célèbre Cotopaxi (5890 m), second sommet du pays. Son  cône presque parfait est l’un des symboles du pays. C’est un volcan actif (relativement faiblement, il faut bien le reconnaître, quelques fumerolles tout au plus). C’est dit-on, le plus haut des volcans actifs du monde qui soit recouvert de glaces…C’est maintenant notre objectif, malgré un météo fort peu engageante: vent soutenu, développements nuageux importants.


 

                 Deux bonheurs nous attendent ici. D’abord, ça vole ! Depuis la colline qui domine le refuge (enfin, quant le vent veut bien faiblir un peu).


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Et puis une vraie surprise !

                  Déboule sur la colline derrière nous un troupeau de bovins au grand galop, poursuivi par une équipe de « chagras », et par des cavaliers.

Nous finissons par comprendre que les vaches ont été lâchées dans les pâturages, mais que les taureaux doivent être récupérés et rembarqués dans le camion qui attend sur la piste.

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                            Nous pouvons admirer leur technique et leur courage devant les bêtes qui se défendent avec énergie. C’est en maniant le « cabrezo », lasso en cuir tressé, que les chagras parviennent, non sans mal, à les capturer, en s’y mettant à plusieurs.
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                            Le cavalier est parti à la poursuite du taureau qui a réussi à franchir le barrage, on le verra revenir quelques temps après, le taureaux furieux, au bout de son lasso.
Lui, c'est un vrai cow boy! je l'ai vu à l'oeuvre, aprés la capture, il a besoin de souffler....

           Une fois tout ce monde rembarqué dans le camion, nous partageons une rasade de l’alcool local, puis nos chagras passent un petit coup… de téléphone portable au reste de l’équipe qui doit les attendre quelque part, et le convoi peut repartir.
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Le cavalier, s’éloigne dans la pampa, solitaire, avec son chien, tel Lucky Lucke, « A poor lonsesome cow boy »….

 

                   J’avais assisté à une scène similaire lors de ma descente de l’Aconcagua en décembre 2007, mais là-bas il s’agissait de rattraper les mules de bâts qui transportaient nos impedimenta. Je m’étais posé des questions sur le dispositif de capture (bolas ou lasso) que je n’avais pas pu identifier, étant un peu trop loin. J’ai donc aujourd’hui la réponse à mes questions d’alors, il s’agit bien d’un lasso avec un nœud coulant, et non d’une bolas, qui est un instrument de chasse…

                                              

 

          Veillée d’arme.

           Demain nous attaquons. L’après midi est consacrée au repos…. Et au dessin ! Car je fais des émules ! Marc a apporté la boite d’aquarelle que Magali lui a offerte, Manu, architecte de profession, se partage entre les cours de perspectives qu’il nous dispense, et des créations originales.

  

 et Benjamin se laisse tenter :

  

 Voici sa première œuvre :  l’auberge Tambopaxi sur fond de sommet.

Prometteur, non ?


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Et là, c'est Manu,  on reconnait le niveau professionnel....                       

             Quand je disais « Demain nous attaquons… » ce n’est pas tout à fait exact ! Le réveil sonne à …. 21h30 pour un petit café. Le 4X4 nous prend et nous dépose à l’attaque à 23 h. La nuit est claire, c’est la pleine lune.


                Nous sommes chaudement équipés. Pour les mains, du fait de ce qu’elles ont subies sur les pentes de l’Aconcagua, j’ai multiplié les précautions : sous gants, gant chauffants à pile (nouveauté technologique que j’ai expérimentée tout l’hiver), et sur-moufles, et aussi dans le sac, quelques chaufferettes. Rien ne sera de trop. Dans le sac, avec le parapente la doudoune bleue bien sûr.

 Le vent et le froid nous saisissent immédiatement.

Nous avons une heure de montée avant d’aborder le glacier où il faudra s’encorder.

 

  

Les glaciers Equatoriens.

Constamment « remis à neuf » par les fréquentes chutes de neige, les glaciers équatoriens n’ont pas le temps de se salir, ils sont magnifiques. La neige « transforme » aussitôt. Ils sont assez crevassés, et finalement dangereux, car la neige fond aussi vite qu’elle tombe, recouvrant des ponts de neige qui n’ont pas le temps de s’épaissir et de se consolider. La progression encordée est indispensable, il ne faut absolument pas négliger les techniques de sortie de crevasse, et disposer du matériel nécessaire. L’ascension de ces sommets se fait intégralement de nuit. On débouche au sommet au lever du soleil, pour pouvoir attaquer la descente avant que la neige ne ramollisse.


Cotopaxi, en Quechua, cela veut dire: "Le cou de la lune".


            Je suis encordé avec Fernando, notre guide Equatorien. Dans les rares moments de répit que laisse l’effort de la montée, on peut découvrir au loin, étonnant de contraste avec l’environnement glaciaire, l’immense étendue des lumières de Quito, pour lequel on ne peut éviter ici le lieu commun de « cité tentaculaire », tant la ville, au pied des montagnes étends ses excroissances dans chacune des vallées qui s’ouvrent à sa périphérie.

Mais mon acclimatation n’est pas encore suffisante ! Je souffre, et j’ai du mal à conserver mon équilibre, il me faut concentrer toute mon énergie, m’arrêter souvent pour reprendre mon souffle.

 

   Fernando s’efforce de donner un rythme le plus régulier possible. Un gros sérac, un ressaut raide à cramponner.

               Puis c’est la pente terminale que nous atteignons en même temps que le soleil. Il est six heure du matin. Ca y est, nous y sommes, accolades et congratulations.

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Le vent est bien trop fort pour envisager de décoller, nous avons eu toute la montée pour nous faire à cette idée. Nous dominons le cratère, mais celui-ci est noyé dans les nuages, dommage !

 

     Retour à Papagayo, nous avons bien gagné une journée de repos, et celle-ce sera une superbe journée touristique. Nous irons à la lagune de Quilotoa. Cratère comblé par un lac dans une zone de paysages somptueux, zone où beaucoup d’indiens ont encore conservé leur habitat et  leur mode de vie traditionnel.

 

    Il nous faut choisir notre dernier objectif principal « montagne ». Alors Chimborazo (6300 m) ou bien Cayambe (5780 m) ? Il faut se rendre à l’évidence, il nous manque un peu de condition physique et d’acclimatation pour attaquer le Chimborazo. Ce sera le Cayambe. Ce volcan, glaciaire, présente une caractéristique intéressante : il est placé juste sur le fil de l’équateur, qui ne passe pas tout à fait au sommet, mais sur ses pentes à 4700 m d’altitude. C’est le point du monde où l’équateur est le plus élevé….

 

 

Question de référence.

Avec le Cotopaxi, et le Cayambe, nous aurons gravi les deuxième et troisième plus hauts sommets du pays, laissant de coté pour la prochaine fois le Chimborazo, 6268 m d’altitude. Mais qu’est-ce au juste que l’altitude ? C’est la hauteur par rapport au niveau de la mer. Problème donc, le niveau de la mer peut varier avec le niveau de glaciation entre autres (de l’ordre de 150 à 200 m !). Avec le réchauffement climatique et la fonte des glaces subséquente, il va nous falloir prévoir de réduire toutes les altitudes du fait de la hausse du niveau de la mer !

On aurait pu s’y prendre autrement, et dire que l’altitude d’un point est déterminée par sa distance au centre de la terre. Avec ce système de référence, le pole nord serait donc, selon l’épaisseur de la banquise, le point  d’altitude zéro à 6356 km du centre de la terre. La ligne de l’équateur serait, quant elle est au niveau actuel de la mer à « l’altitude »  22 000 m (du fait du renflement équatorial, voir ci dessus). Et le sommet du Chimborazo serait à l’altitude 22 000 + 6268 m = soit 28 268 m, et ce serait le plus haut sommet du globe !

 En effet, l’Everest, dont l’élévation par rapport au niveau de la mer (l’altitude, dans le référentiel actuel) est de 8848 m, est situé sensiblement sur le 30 éme parallèle. A ce niveau de latitude, le « renflement équatorial » n’est plus que de 14 666 m environ (22000/3).  De ce fait, l’altitude de l’Everest, si on se réfère au centre de la terre, serait donc de 14666 +8848 = 23 514 m, soit prés de 5000 m plus « bas » que le Chimborazo !

latitudezéro
Le Cayambe, latititude 0° 0' 0''

D’ailleurs historiquement, le Chimborazo a longtemps été considéré comme la montagne la plus haute du globe, ce qui n’est pas faux ! Et c’est d’ailleurs dans cet état d’esprit que l'a gravie Edwards Whymper ("quand il y a une volonté, il y a un chemin!", c'est lui!), qui ne s’est pas contenté d’inventer l’alpinisme en effectuant les « premières » du Cervin, de la Barre des écrins, du Vignemale, mais qui a aussi inventé l’Andinisme en gravissant  pour la première fois en 1880 le Cayambe et le Chimborazo (pour le Corazon, la première fut effectuée par La Condamine).

 

 

Le refuge du Cayambe, 4800 m, s’atteint en 4X4. Cette fois, dans la brume et le brouillard, l’environnement est typiquement alpin, minéral et glaciaire. Le refuge lui-même, gardé, par son agencement et son équipement ne déparerait pas dans le massif du Mont Blanc. Nous y rencontrons Céline, une scientifique française spécialiste des séismes, en mission en Equateur.

 

                          La revanche de l’ancien…..

Routine du lever à minuit, équipement, danse des frontales, d’abord sur la moraine, puis sur le glacier. Céline et son guide sont devant. Je m’encorde avec Fernando et Manu. En principe nous sommes le « maillon faible ». Sous les étoiles, s’installe l’espoir timide d’une journée sans vent permettant un décollage. Il fait un froid de loup.

Puis au fur et à mesure que nous gagnons de l’altitude, apparaissent les premières faiblesses…..
             Mais cette fois, ce n’est pas moi !


             Au contraire, je piaffe un peu et je commence à avoir peur, si jamais les défaillances se généralisaient,  de rater le sommet et un éventuel décollage. Regroupement dans la nuit, analyse de la situation et conciliabule. On refait les cordées. Fernando part vers le sommet avec Michel et moi, et Marc redescend avec les autres. (merci Marc !!!).

Même Michel n’est pas dans son jour de forme !


Nous repartons. La montée reprend une allure plus régulière, les pentes se redressent, et il faut trouver le cheminement au milieu des séracs.


             Quand nous atteindrons le sommet, le vent se sera levé, et une magnifique mer de nuage se sera étalée sous nos pieds.
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Depuis un moment nous savons que cela ne volera pas. Dommage, mais quelle superbe course !

 

 

   Après ces efforts, nous avions prévu de nous offrir une pause farniente et vols sur la cote du Pacifique, sur la plage de Crucita, « spot » de Soaring d’Equateur. Nous redescendons de nos montagnes, et au travers d’un paysage de bananeraies et de rizières nous gagnons la côte. Crucita est une petite station balnéaire au « standard » équatorien. Il y a une belle activité de pèche, les pécheurs remontant leurs bateaux sur la plage, et « l’Hostal Voladores » accueille les parapentistes, qui décollent 80 m au dessus, et viennent de poser sur la plage en fin de soaring. Si les crampons et le piolet ne sont plus nécessaires, ne pas oublier d’emmener dans le sac du parapente maillot de bain et serviette.

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            Et là, nous ne serons pas les seuls à occuper l’espace aérien. Nous volerons sous les oiseaux migrateurs que nous verrons passer loin au-dessus vers le nord, en formation de traversée au long cours et avec les Pélicans qui savent si bien exploiter « l’effet de sol » en rasant les vagues et rebondissent sur le moindre filet d’air.
Mais le plus spectaculaire, ce sont les magnifiques frégates à la silhouette si caractéristique en W qui se sont installées ici pour profiter de l’aubaine que constitue le va et vient de pécheurs, et qui prélèvent leur dîme à chaque occasion : remontée des filets, déchargement de la pèche du jour sur la plage etc..

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Si la plus part des bateaux des pécheurs de Crucita sont désormais en plastique, il reste encore une ou deux pirogues, qui ne servent plus guére qu'a stocker les filets....

 

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Voir les oiseaux et le Pacifique par au dessus, un privilège pour le parapentiste, mais aussi un défi pour l'aqurelliste!
                 

Nous remontrons sur Quito avec en projet un dernier vol montagne avant de rentrer. Nous avons prévu de gravir le sommet du  Gua Gua Pinchita, 4700 m, à proximité de Quito, par  un versant qui évite la ville. Un dernier lever un peu matinal, un petit déjeuner copieux et chaleureux dans une auberge de campagne vraiment rustique. La voiture monte haut jusqu’au refuge. Gagner le sommet sera une aimable promenade. Le temps est magnifique.
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 Confortable décollage, et atterrissage champêtre à proximité d’une ferme où nous ferons l’attraction matinale des paysannes indiennes, reconnaissable de très loin par l’incroyable éclat du rouge vif de leurs châles.

 

                                                   Pierre Do Bayart
                                      Quito (Ecuador) / Malissard (Drôme) mai 2009

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21 juillet 2008 1 21 /07 /juillet /2008 08:13

Saint Petersburg, 29 juin, 4 juillet 2008

       Saint Petersburg,
29 juin 2008, le « Cavalier de Bronze » sur les rives de la Néva s’apprête à nous accueillir  pour ces fameuses « nuits blanches » Nuits blanches, ce très court été qu’il faut vivre intensément, il sera pour nous magique.
 

       Toute la ville est dehors, les parcs sont animés, les baigneurs nombreux sur la « plage » de la Neva que constituent les remparts et le glacis  de la forteresse Saint Pierre Saint Paul : Pour quelques semaines  il n’est pas nécessaire de casser la glace pour se baigner !

        Première Balade, premières images : la flèche de l’amirauté,  le palais de l’Ermitage bien sûr, et aussi cet étonnant kaléidoscope que constitue la basilique sur le sang versé (celui du tsar Alexandre II, le seul qui tenta un adoucissement de la servitude de ses sujets…), et aussi dans son parc, le discret palais d’été du Grand Pierre. Sur l’autre rive de la Néva, les colonnes rostrales, la forteresse Saint Pierre Saint Paul, sa basilique et sa flèche…

         Balade sur et le long des canaux. Comment diable fut-il donc possible de réaliser en aussi peu de temps une « capitale » qui est sans conteste une des plus belles du monde, puisque ici, avant 1705 et l’arrivée de Pierre Le grand, ce n’était qu’un delta marécageux.


        Mais Saint Petersburg, ce fut aussi Leningrad, un peu grâce (ou à cause !) au croiseur Aurore qui par son coup de canon déclencha la révolution de 1917.





      Un bateau sous le crayon, je ne vais pas laisser passer l’occasion de traiter ce qui est un de mes sujets favoris ! …

       Mais en fait, je ne suis pas le seul à m’intéresser à ce genre de sujet !


        Visites et balades vont s’enchaîner, dans et hors la ville, l’Ermitage bien sûr, puis un coup d’hydroglisseur pour gagner Peterhof, salut  à Pouchkine dans son café et dans la ville à qui il a donné son nom.


 Châteaux et palais somptueux où les architectes n’ont lésiné ni sur les ors, ni sur la meringue, ni sur la crème chantilly ; mais aussi demeures délicieuses, telle à Peterhof  ce charmant pavillon de Monplaisir d’où Pierre le grand pouvait à loisir contempler ses navires et le Golfe de Finlande, depuis la porte qu’il avait ouverte à son empire sur l’Europe et le reste du monde.


       Si ce voyage fut un très beau cadeau, les conditions dans lesquelles il se déroula : tous réunis en famille, en fut un plus beau encore…

        Merci Colette…

 

Anne et Pierre-Do

Juillet 2008                                                                  


 

 

 

 

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13 juin 2008 5 13 /06 /juin /2008 18:47
ADDENDUM:

Comment sont capturées les mules récalcitrantes dans la vallée des Horcones?
Comme je l’ai dit dans mon récit, j’ai assisté à plusieurs captures de mules. J’ai vu les arrieros lancés au grand galop faire tournoyer un lasso au-dessus de leur tête, j’ai vu les mules capturées, mais j’étais un peu trop loin pour voir le dispositif à l’extrémité du lasso tressé : boule de bolas ou nœud coulant ? Comme nous étions en Argentine, terre d’élection de la « bolas », j’ai supposé que c’était une « bolas perdida », version mono-boule de la Bolas,  qui se présente plus généralement sous la forme de bolas boleadoras à trois boule qui est un instrument plutôt de chasse (pour la chasse au guanaco) en particulier.
Ci dessus: Bolas boleadoras


J’ai essayé de me renseigner pour en avoir le cœur net, mais à ce jour je n’ai pas trouvé l’information que je recherchais, et je me demande si pour la capture des mules, les arrieros n’utilisent pas plutôt un lasso du même type que celui des cow-boys d’Amérique du nord. Si quelqu’un pet me renseigner, je le remercie d’avance, sinon, il ne me reste plus qu’à retourner sur place pour vérifier !

Pierre-do Bayart le 13/06/2008
pbayart@orange.fr
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20 décembre 2007 4 20 /12 /décembre /2007 12:02

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Aconcagua, le récit….

 

Je dédie ce récit à Gertrude, –On  l’appellera Gertrude-, la mule

 qui m’a descendu de la haute vallée  des Horcones

avec efficacité et professionnalisme.

Gertrude, je n’oublierai pas ce que tu as fait pour moi ce jour là !

 

Avec ses 6962 m d’altitude, l’Aconcagua, la sentinelle de pierre des indiens Quechua, est le point culminant de l’ensemble du continent américain (nord et sud).

Elle est située en Argentine, sur la même latitude que Santiago du Chili et Buenos Aires, ce qui correspondrait dans l’hémisphère nord, à la latitude du Maroc (Rabat). Sur le plan technique,  par la voie normale, c’est la plus facile des grandes montagnes de monde, ou, comme on voudra, la plus grande des montagnes faciles du monde. Pour cette raison elle est très fréquentée…

Les difficultés d’ascension proviennent de l’altitude et de la rudesse du climat. La Cordillère des Andes, haute mais étroite chaine montagneuse située entre l’océan pacifique frais et humide, et la plaine argentine chaude et sèche, est une puissante machine à fabriquer du vent, et ceux ci sont très fréquents et très violents. Gravir cette montagne et envisager de décoller du sommet en parapente est donc un projet complètement déraisonnable, aussi quand j’ai appris que Marc Boyer (qui l’avait déjà fait en parapente tri-place en 2004) proposait d’y emmener une équipe de parapentistes, je n’ai pas hésité une seule seconde avant de m’inscrire pour cette aventure….

Nous débarquons donc à sept à Santiago du Chili le 24 novembre. L’Aconcagua est au centre d’un parc National, la première chose à faire est de traverser la Cordillère pour aller à Mendoza en Argentine obtenir le permis d’ascension (90 US$ en basse saison…).

 

Mardi 27 novembre, nous nous faisons enregistrer à l’entrée du parc à 2700 m d’altitude, il est donné à chacun d’entre nous un sac de « déchets » numéroté qui devra obligatoirement être rendu et contrôlé au retour.

A l’issue d’une agréable montée d’une bonne demi-journée de marche, avec des sacs légers car l’essentiel de notre matériel est porté par des mules, nous arrivons au premier camp de base de « Confluencia », 3300 m d’altitude, très aimablement accueillis par notre hôtesse Eugenia.Nous y passerons les deux premières nuits. 

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Les camps de bases.

Dans la très longue et superbe vallée des « Horcones » qui mène à l’Aconcagua, sont installés deux camps de base : Confluencia (3300m), et Plazza de Mulas (4300 m). Y sont installées en permanence des tentes confortables : tente mess, tente dortoir avec lits de camp. Il y a des points d’eau, des toilettes, un poste de garde du parc, un poste médical où il faut en principe se faire contrôler, et quand ça marche, radio, internet, téléphone…..

 

Mercredi 28 novembre : trek d’acclimatation à l’altitude, nous montons à « Plazza Francia » (4250 m) au pied de la face sud de l’Aconcagua, et retour à Confluencia. Nous découvrons le glacier inférieur des Horcones, et surtout la grandiose face sud qui développe sur 3000 m de haut ses glaciers suspendus et ses éperons rocheux…..

Autant la voie normale de l’Aconcagua est facile, autant la face sud (qui, comme nous sommes dans l’hémisphère sud, correspond à une face nord chez nous), est raide et difficile. En 1954 une équipe  française à ouvert dans cette face une voie d’escalade qui est restée mythique. Tous les membres de l’équipe sauf un, victimes de gelures, y ont laissés un ou plusieurs doigts ou orteils…. Gilles, le fils de nos amis Toulemonde, s’y est frotté il y a quelques années, et il m’a prêté une partie de son équipement : surbottes et surtout un excellent duvet d’altitude…

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Les mules.

A elles seules, les mules et la manière dont elles sont conduites mériteraient le voyage. Dans cette immense vallée des Horcones, c’est le seul moyen de transport, et du fait de la fréquentation il y a un très important besoin d’approvisionnement (vivres, équipement et matériels divers….). Elles assurent l’essentiel de la logistique. La vallée des Horcones est un cul de sac sans échappatoires, on ne peut que monter ou descendre la vallée. Chaque mule de bât porte au maxi 60 k . Elles montent (ou descendent) la vallée en liberté, sous le contrôle d'arrieros qui les dirigent au sifflet, montés sur des mules de selle (deux arrieros contrôlent 4 à six mules de bât). Elles sont d’une efficacité impressionnante : rapidité, agilité dans toutes les sortes de terrains : pentes d’éboulis, champs de pénitents, torrents à traverser…. Le seul reproche qu’on puisse leur faire, c’est leur caractère ombrageux et indocile, ce qui a conduit les gauchos à inventer pour les conduire des techniques  particulières que j’aurai l’occasion de voir mettre en œuvre dans quelques jours….

 

Jeudi 29 novembre.

En remontant l’interminable mais magnifique vallée des Horcones, nous montons au camp de base principal de Plazza de Mulas 4350 m. Nous y serons hébergés non pas sous la tente, mais dans l’immense refuge, tenu par Eduardo, un argentin qui a commencé sa carrière de gardien au Refuge du Portillon dans les Pyrénées. Il parle parfaitement le français, et il nous assistera de manière très efficace. Il dirige une équipe de charmantes hôtesses. Nous  serons cocoonés…. 
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Vendredi 30 novembre : journée de repos.

Nous sortons les parapentes pour les vérifier, faire les réglages haute montagne… 
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Samedi 1er décembre.

Nous attaquons les choses sérieuses : portage de matériel pour équiper un camp d’altitude à Nido de Condores à 5555m d’altitude. Redescente au refuge, grosse journée avec 1200 m de dénivelé en montée et en descente. undefined

 

Les camps d’altitude et la gestion de l’acclimatation.

Pour espérer atteindre un sommet d’une altitude comme celle de l’Aconcagua, il faut nécessairement faire une ou plusieurs étapes dans un camp d’altitude où il faut monter tente, duvets, vivres, réchauds, pétrole pour les réchauds car il n’y a pas d’eau, et il faut faire fondre de la neige ou de la glace (et celle des pénitents est bien plus pratique à manipuler que la neige !). Sur les pentes de l’Aconcagua, les principaux  sites de camps d’altitudes sont les camps « Canada » à 5043 m, Nido de Condores (le principal) à 5550m, et le camp « Berlin » à 5933m. La gestion des camps d’altitude est utilisée également pour acclimater l’organisme à l’altitude. A 7000 m d’altitude, la pression et l’oxygène sont réduit à 40% de ce qu’on trouve au niveau de la mer, et seule une adaptation de l’organisme (multiplication des globules rouge) permet d’y survivre et d’y faire des efforts. Pour cela la seule manière de procéder est de passer du temps en altitude en faisant des paliers et en alternant repos et efforts….

 

Dimanche 2 décembre.

Journée de repos
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Les pénitents.

Du fait de la sécheresse de l’air, et des contrastes de températures, dans cette région de la Cordillère des Andes, toutes les étendues de neige prennent une configuration très particulière, elles se transforment en champs de pénitents, c’est à dire des chandelles de glace de 2 à 3 m de haut qui forment des labyrinthes qui peuvent être très difficiles à traverser…

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Lundi 3 décembre : ascension d’acclimatation du Pic Bonete (5005 m)

 

Mardi 4 décembre : journée de repos et d’acclimatation au refuge, le vent se lève, et il fait très froid.

 

Mercredi 5 décembre : du fait du froid et du vent, nous différons la remonté prévue au camp de Nido de Condores, et à la place nous faisons une nouvelle course d’acclimatation : le Port Del Cathedral, 5050 m, vue magnifique sur l’Aconcagua et son itinéraire de montée…

 

Jeudi 6 décembre. Journée de repos, nous avons des informations météo qui nous décident à programmer l’attaque du sommet. Une accalmie du vent d’ouest est prévue pour dimanche, avant un nouveau renforcement du vent. Par conséquent nous programmons les trois jours suivants…

 

Vendredi 7 décembre : Montée à Nido de Condores avec les vivres pour 3 jours et les parapentes….

 

Samedi 8 décembre : repos à Nido de Condores avant le sommet…
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 Avec ce dessin, se termine la partie du carnet de voyage réalisée sur place. Demain, ce sera le sommet, la tempête, les doigts gelés, l'évacuation... Mais ce n'est pas la fin des dessins. Certes, j'ai les mains encombrées de pansements, mais j'ai tant de paysages et de scènes extraordinaire dans la tête que je les transcrirai malgré tout, et au diable pansements et bandages!


      Je me sens en excellente forme, j’ai bien vécu toute la période d’acclimatation, je me nourris bien, j’arrive à dormir…Je n’ai pas eu comme mes compagnons de mal de tête nécessitant la prise d’aspirine.. Nous avons subi un petit test : mesure du taux d’oxygénation du sang, pour la valeur 100 au niveau de la mer, le niveau minimum requis est de 75  (à 65 on est en état de déclencher un œdème pulmonaire). Je suis à 89, tout va bien.

Juste un problème récurrent qui est devenu pour mes compagnons un sujet de plaisanterie. Tous me reprochent de marcher trop vite et de faire des pas trop irréguliers. « Pierre ! Fait des petits pas ! Tu va t’épuiser ! » est devenue une phrase récurrente….. Je suis fait comme cela ! J’ai beaucoup de mal à réguler mon allure… Je leur explique aussi que pour mes premiers petits-fils Arthur et Eugène nés en Californie  quand est venu le moment de me choisir un nom, j’en ai cherché un qui ait une consonance américaine, et c’est ainsi que je suis pour eux « Grand’ Pa ». Bien sûr ! Comme le dit notre amie Catherine, celui qui fait des grands pas dans la montagne ! …..

 

Dimanche 9 décembre : C’est le grand jour, nous attaquons le sommet !

Le programme est le suivant : lever 23 h pour un départ à minuit. Nous avons 1400 m de dénivelé à gravir pour atteindre le sommet que nous espérons atteindre avant 10 h du matin pour pouvoir décoller avant qu’une trop importante activité thermique ne se développe. Le vent annoncé est W 20/30 km/h. Le décollage du sommet est très improbable, aussi nous avons prévu de redescendre 350 m plus bas au début de la « Canaletta » qui serait à priori plus favorable. Si nous pouvons décoller, l’atterrissage est prévu à l’entrée de parc National, soit à deux jours complets de marche, et là nous attendrons tranquillement en buvant des bières que notre matériel laissé dans les camps d’altitude soit redescendu à Plazza de mulas par des porteurs, et de plazza de mulas à l’entrée de parc par des mules…..

 

En fait les choses ne se sont pas tout à fait passées comme cela….

A minuit trente, nous partons à la lumière des frontales, il fait très froid bien sûr, mais nous sommes bien équipés, progression très régulière, nous dépassons le camp de Berlin (5933 m) il fait encore nuit…A aucun moment de cette journée je n’ai pu consulter ma montre (qui indique outre l’heure, l’altitude et aussi la température) car celle-ci n’était pas facilement accessible du fait du nombre de couches de vêtements que j’avais empilés, par conséquent mes repères sont approximatifs. Je suis concentré sur l’effort que j’essaie de rendre aussi régulier que possible….
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Lever du soleil: l'ombre du sommet de l'Aconcagua s'étend jusqu'au pacifique...
            Un moment le groupe s’arrête, nous sommes à 6300 m Marc nous dit : Le vent est déjà trop fort, nous ne pourrons pas voler. On pose les sacs (qui contiennent les ailes), on  enfile les doudounes pour continuer vers le sommet.
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Nous atteignons une cabane en ruine, l’ancien « refuge » Indépendancia (6377 m). Là, deux d’entre nous décident d’arrêter : Benjamin a vomi, Pascal a trop froid. 
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Une longue traversée ascendante nous amène au pied de la « Canaletta », unique et dernière difficulté de l’ascencion, la paroi se redresse dans les 350 m derniers m avant le sommet.
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Ha ! Cette Calanetta ! J’y aurai vraiment souffert ! 350m, c’est une jolie colline dans la Drôme, mais ici, que c’est long, que c’est dur !

 Marc se maintient à proximité de moi.

      -   ça va Pierre ? Me demande t’il. Je perçois l’inquiétude dans sa voix.

            -   ça va !

Le terrain n’est pas vraiment difficile, mais ce qui l’est c’est de progresser ! J’ai du mal à conserver mon équilibre, les poumons me brûlent. Je distingue les silhouettes de Michel et de Jérôme au-dessus de moi. Contourner des éperons, trouver le passage entre des barres rocheuses….. J’ai un peu perdu mes repères temporels. Un moment, nous croisons Gilles qui a atteint le sommet et qui redescend. J’ai en tête la fameuse photo prise du sommet et qu’on voit partout en Argentine et qui montre la sortie de la Canaletta par une sorte de replat que je guette et qui n’arrive toujours pas….

Enfin  je vois sur un massif rocheux les silhouettes enfin immobiles de Jérôme et de Michel qui me font signe.

-        Sommet ! Me crient t’ils.
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Un ultime effort et j’y suis, accueilli chaleureusement.

-        Je n’ai jamais vu çà ! me dit Marc en me regardant et en m’acceuillant !

 Je m’écroule…. Photos, embrassades. Nous sommes quatre : Michel Jérôme, Marc et moi. …. Jamais de ma vie je n’ai fourni un effort aussi important !
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J’aurai voulu prendre du temps, contempler, retrouver les images « classiques » qui identifient le sommet, et en trouver d’autres pour moi. Où donc Marc a-t-il déployé son fameux « triplace » avant de décoller il y a deux ans ? ….. J’envie encore Michel qui arrivé plus d’une heure avant moi a eu le temps de le faire. Mais je suis bien conscient de l’état un peu limite dans lequel je suis, aussi quand mes amis me disent qu’il est temps d’engager la descente, il doit être entre 11H et 11h30, je leur emboite le pas. Dans la descente, mon état de fatigue se traduit par une grande difficulté à conserver mon équilibre dans les passages où il a des blocs à enjamber…. Marc reste prés de moi, me donne à boire et une barre à croquer….

Entre 6500 m et 6400 m Marc me dit :

-     On va couper par cette pente d’éboulis, c’est plus court pour la descente…

-        Non Marc ! et les sacs, il faut les récupérer, j’en ai besoin, j’y ai toutes mes affaires importantes…

-        Pas question tu es fatigué, on redescend par-là ! Les sacs on s’arrangera pour les faires redescendre demain….

Je m’incline, passablement inquiet. Abandonner son sac en montagne est un acte à éviter absolument! Dans mon sac il y a tout ! Mon parapente bien sûr, mais aussi tous mes papiers, mon billet d’avion, etc … et aussi mon carnet de voyage et mes dessins. Si nous avions décollés, nous nous serions posés dans la vallée à deux jours de marche, et j’aurai voulu immortaliser sur mon carnet de voyage le site de notre atterro… J’ai appris entre temps que cette décision de modification de notre itinéraire de descente avait été suggérée à Marc par Eduardo lors d’une vacation radio qu’ils ont eu pendant la descente.

 

La doudoune bleue, modèle « René Desmaison »

En arrivant au sommet, j’avais sept couches de vêtements sur le haut du corps (quatre en bas), la dernière étant la maintenant fameuse doudoune bleue que m’avait prêté Jean-Philippe. Cette doudoune achetée en « kit »,  fut fabriquée par ma chère mère (assistée de Jean-Philippe), un jour de canicule à Roubaix, et elle était en maillot de bain, si on en croit la légende ! Les plumes volaient et se collaient à sa transpiration. C’était il y sûrement plus de trente ans. Jean Philippe ne l’utilisa guère, car ce fut l’époque où l’apparition des fourrures polaires (plus pratiques et moins fragiles) supplanta complètement ce qui était à l’époque le signe distinctif du véritable alpiniste. Depuis cette date, cette doudoune attendait dans son placard son heure de gloire. Je pense que celle- ci est arrivée ! Merci maman !

 

La descente par le raccourci se révèle en effet plutôt commode, et vers 15 h nous arrivons à notre camp d’altitude de Nido de condores. Dans ma tête nous ne devions  pas nous y arrêter, nous devions encore descendre les 1200 m pour regagner le refuge à Plazza de mulas. Mais nous y retrouvons Benjamin et Jérôme, qui nous accueillent. Ils savent que je suis fatigué, je m’allonge dans la tente, Benjamin nous fait de thé chaud, quel délice, quel bonheur, le repos enfin…..
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Difficile de se relever, je suggère de redescendre, mais mes amis proposent que nous restions ici cette nuit, Marc Jérôme et moi, dans l’une des tentes du camp. J’hésite un moment, mais il est tellement bon de rester couché ! Pour le moment, il fait beau et la perspective d’une dernière nuit dans cet endroit mythique finalement me convient…Les quatre autres redescendent…

Ce fut une nuit épouvantable. 
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A la tombée de la nuit, le vent s’est levé. En tempête. Sortir de la tente pour aller chercher de glace et envisager de la faire fondre dans ces conditions fut au-dessus de nos forces, heureusement il nous restait un peu d’eau au fond des gourdes. Avec une barre de céréale, ce fut notre collation du soir.

A ce moment là seulement je remarque que j’ai quelques doigts dont l’extrémité est un peu noircie et qui me font un peu mal. Je pense bien sûr à un « début » de gelure, mais je ne comprends pas bien l’origine de celle-ci, car à aucun moment dans la journée je n’ai ressenti une impression particulière de froid, et je ne me rappelle pas avoir particulièrement exposé mes mains, protégées d’épaisses moufles en permanence…

La nuit fut terrible, la tente furieusement secouée par des rafales, pas moyens de fermer l’œil malgré la fatigue. A un moment dans la nuit, nous entendons des cris, on nous dit que notre seconde tente (vide de ses occupants, mais lestée de pierres) s’est envolée, et nous retrouverons effectivement le matin un carré de tapis de sol et quelques pierres…. C’est très long d’attendre le matin dans ces conditions !
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Lever du jour au camp de nido de Condores..

Dés le matin, je descend de Nido de condores, et je montre mes doitgs à un médecin présent dans le refuge (et à ce moment là, je pense encore que c'est anodin). Eduardo prévient les médecins du poste médical, et ceux ci diagnostiquent, cing gelures: trois de premier degré, deux de second, dont une grave. Ils m'enmènent au poste de secours ou je passerai la journée et la nuit, et ils prodiguent le premiers soins: bain d'eau tiède iodée, trés progessivement réchauffée... J'essaye d'appeler la France et laisse un message sur le répondeur, Anne est probablement encore dans le hoggar...

Lundi 10 décembre

Je dois être évacué, et il n’est pas souhaitable que je descende à pied (un jour entier de marche), car cela n’est pas bon pour la circulation du sang dans mes mains, aussi mon évacuation est prévue à dos de mule le lendemain dans le même convoi que notre matériel, pendant que mes amis descendront à pied… Les médecins du parc me demandent de me présenter dés que possible à l’hôpital de Mendoza.

Durant ce temps là, mon sac est toujours là haut à 6300 m ! Je m’inquiète de son sort, j’ai peur qu’il se soit envolé du fait de la tempête, mais un porteur est parti le chercher, et il me faudra attendre le soir pour être sûr qu’il ait bien été retrouvé (sous la neige !).

Je souhaite exprimer ma gratitude à tous ceux qui m’ont pris en charge dés ce moment : le médecin français (Roubaisien installé à Maubeuge !), les deux médecins argentins du poste de secours, Eduardo et son équipe du refuge, qui m’ont pris en charge avec le maximum d’efficacité mais aussi tellement de gentillesse….
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Mardi 11 décembre.

En fin de matinée, je retourne au refuge : le convoi de transport de notre matériel se prépare à partir. On me présente les deux arrieros qui vont m’accompagner : Sergio et Facundo (qui hélas ne parlent pas plus français que je parle espagnol). Ceux-ci me présentent la mule qui va me transporter. J’essaie d’engager avec cette dernière une relation de confiance et de sympathie. Peine perdue semble-t-il, elle n’accepte aucune caresse, et ne se laisse approcher qu’à contre cœur, le regard mauvais.  Quand tout est bien arrimé, Sergio chausse sur ses basquets une énorme et magnifique paire d’éperons avec un mollette d’au moins 5 cm de diamètre, c’est le signal du départ : nous nous ébranlons. Nous sommes sept, quatre mules de bât, deux arrieros, et moi. La selle traditionnelle est bonne et confortable avec de beaux étriers en bois, la mule est accrochée par son licol à la selle de Sergio. Pour ma part j’ai les pansements aux doigts et mes grosses moufles, les mains posées sur la selle. A priori, je n’aurai donc rien d’autre à faire que d’admirer le paysage. 
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Nous parcourrons 200 m, le relief plonge de manière impressionnante, et le convoi s’arrête, il semble que ma mule ne supporte pas de devoir descendre entravée, Sergio me fait descendre, une manœuvre compliquée de changement de selle est engagée,  je propose de descendre l’escarpement à pied, ce qui semble leur convenir…

Arrivé en bas, ils me demandent de remonter sur la mule, ils la détachent, et passent la corde d’attache du licol autour de l’encolure. Je me retrouve donc en liberté, avec pour guider ma mule, un simple licol, et le convoi repart….

Nouvel arrêt du convoi : devant se présente un champ de pénitents. Les mules de bât (qui généralement sont devant) hésitent. Un coup de sifflet de la stridulation idoine encourage la première à chercher et trouver le bon passage. La descente se poursuit, le paysage est absolument magnifique, et pouvoir le contempler ainsi tranquillement assis sur ma mule est un très réel plaisir. J’enrage seulement de n’avoir sous la main ni appareil de photo ni caméra pour enregistrer tant les paysages que les scènes dont je suis spectateur et je me concentre au maximum pour n’en pas perdre une miette…. 
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Notre ami le condor est plus à l'aise que nous dans l'aérologie turbulente de la vallée, mais celle ci est surtout pour ce charognard un magnifique garde manger, tant elle est jonchée de carcasses de mules!
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Moins rustique que les mules, mais plus "classe"il y a aussi quelques chevaux, tel ce magnifique bai brun qui attend son cavalier à Plazza de mulas...Je devais bien cet hommage à ceux qui furent mes premiers compagnons d'aventure avant la motagne et le parapente...

Un peu plus loin,  c’est une mule dont le chargement part de travers. Et une charge de travers, une mule, ça l’agace ! Et une mule agacée, ça s’énerve, ça part dans tous les sens plutôt que de s’arrêter et d’attendre sagement qu’on lui rééquilibre sa charge. Lancés à la poursuite de la mule Sergio et Facundo l’acculent contre un ravin. Il en faut plus pour décider une mule à s’arrêter, elle cherche à s’échapper, mais déséquilibrée par sa charge de travers elle plonge dans le ravin à la renverse….. 
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Je commence à comprendre pourquoi on voit tant de carcasses de mules le long du chemin ! Nos deux hommes mettent pied à terre et descendent dans le ravin remettre les choses en ordre. Ils me font signe de continuer pendant qu’ils commencent à récupérer l’animal et la charge éparse ! Comme je ne veux pas les retarder, j’obtempère…. suivi par les autres mules. Me voilà donc chef muletier en charge du convoi !!!!

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Un peu plus loin, je suis rattrapé par un autre arriero que je ne connais pas qui me demande de mettre pied à terre. Je ne comprends pas, mais je m’exécute : aussitôt  il resserre la sangle de ma selle avant de me faire remonter ! C’était Sergio qui affairé à rétablir le chargement s’était inquiété de moi, et avait envoyé un de ses collègues de passage en éclaireur… Quelle gentillesse !

Sergio et Facundo finissent par me rattraper….

La vallée s’élargit un moment, ma mule (à qui je laisse la plus grande initiative dans le choix de l’itinéraire) ayant fait un léger détour, j’avais perdu le contact. En rattrapant le convoi, je constate une agitation inhabituelle : nuage de poussière, galopades dans tous les sens, des mules et des arrieros ! Que se passe-t-il ? Je remarque posé sur le sol, le grand sac de voyage rouge de Michel, je comprends : une mule a perdu une partie de son chargement, et Sergio et Facundo essaient de la rattraper ! Je les vois galoper pour essayer de la coincer, et ils font tourner au-dessus de leur tête leur « bolas ».
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       J’avais remarqué accrochée derrière leur selle, mais je croyais que c’était pour le décorum, cette bolas qui est au gaucho de la pampa et à l'arrieros des montagnes ce que le lasso est au cow-boy : une corde de cuir tressé où le nœud coulant est  remplacé par une boule lestée qui s’enroule autour de l’encolure ou des membres de l’animal capturé. Ici ils m’en font une démonstration en « live » ! Une fois la mule capturée par la bolas, il faut l’approcher et le maîtriser, et ce n’est pas une partie facile, cette dernière n’y mettant aucune bonne volonté ! La technique est la suivante : Celui qui a capturé l’animal avec sa bolas reste bien calé sur sa mule, la corde de la Bolas, accrochée à la selle restant en tension (ce qui est à priori facile, car la mule récalcitrante de l’autre coté tire pour s’échapper…). Le second gaucho met pied à terre, détache un grand foulard qu’il a autour de la taille, et s’approche progressivement de la mule le long de la bolas, avec une lenteur calculée.
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Arrivé à proximité de la mule, doucement il lui passe le foulard autour de l’encolure, puis d’un geste vif, ramène celui-ci sur les yeux de celle-là, et là le tour est joué, aveuglée la mule s’immobilise immédiatement et se fige sur place, telle une statue de marbre ! Il ne reste plus qu’a refaire le chargement, récupérer les autres mules du convoi et on repart ! La technique de l’aveuglement de mules pour les immobiliser est d’ailleurs couramment utilisée lors de haltes ou des opérations habituelles de chargement/déchargement.

Mais tout a une fin, même les plus longues vallées. Après une halte casse-croute au camp de Confluencia, un nouveau rodéo de mule, cette fois il fut nécessaire de capturer une des mules qui s’était prise le membre antérieur dans son licol, mes deux amis me déposent à l’entrée du parc National. Je fais mes adieux à ma mule, finalement, elle a été parfaite ! 
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Dommage que je ne puisse lui faire sentir combien j’ai apprécié sa prestation ! Je suis pris en charge par un garde, et je retrouve mes amis. 
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Nous récupérons notre matériel déchargé des mules, et prenons la route pour Mendoza où nous arrivons à 23h. Mes amis me déposent aux urgences de l’hôpital central et regagnent notre hôtel où une bonne douche les attend sûrement…

Les urgences de Mendoza, c’est bien sûr un autre monde. J’y suis carrément incongru avec mon sac et ma tenue de montagnard dans cette ambiance quasi tropicale. Sans parler la langue, difficile de comprendre comment cela fonctionne. Il y a du monde partout, malades et blessés attendant d’être examinés, ou bien famille attendant la sortie d’un proche ? Hurlement de sirène, un arrivage de brancards ensanglantés, prioritaires évidemment. Mouvements de foule quand s’ouvrent des portes, je rentre… Rangée de box d’examens d’une propreté plus que douteuse (et dans ce domaine, je ne suis pas parano !). Trouver quelqu’un qui parle un peu français ou anglais ? Les gens sont gentils, qu’ils soient dans la catégorie « patient » ou la catégorie « soignant ». Le mot « Aconcagua » éveille toujours un peu d’intérêt. Finalement je suis pris en charge et on m’explique qu’ici on ne peut rien pour moi, qu’il faut que j’aille dans un établissement spécialisé demain matin, l’hôpital Maggiore. Je sors et me retrouve dans la rue à 1 h de matin. J’ai un billet de 10 pesos dans la poche, je connais le nom de l’hôtel. Je cherche un taxi, je tombe sur une patrouille de flics armés jusqu’aux dents, je tente de leur expliquer mon cas, ils me prennent en charge et me voilà dans le panier à salade. Ils ne connaissent pas l’hôtel Horcones, ils appellent le central par radio qui ne connait pas non plus, ils arrêtent un taxi qui trouve l’hôtel. Une douche, un lit…..

 

 

Mercredi 12 décembre. Dés le matin, trouver une « cash machine », puis un taxi pour l’hôpital Maggiore….

Beaucoup de monde bien sûr. Je brandis mon passeport et le papier que m’ont fait les médecins du parc et celui de l’hôpital central, j’arrive à obtenir une consultation externe, l’infirmière refait mes bandages, et me passe crème sur les brûlures de mon visage. Je ressens encore la douceur de ce geste. Ils me disent que je dois revenir le lendemain. Mais je me rends à l’évidence que je ne peux pas être soigné de manière satisfaisante ici, car je ne parle pas l’espagnol et ne comprends que très approximativement ce qui m’est dit. Retour à l’hôtel. J’arrive à contacter Julien puis Anne ( au musée d’Orsay), au téléphone qui enclenchent les opérations d’assistance auprès des assurances…Procédure de rapatriement sanitaire par inter-mutuelle-assistance (efficace), mon retour est avancé de deux jours par rapport au plan d’origine…

 

Jeudi 13 décembre : Le taxi affrété par inter mutuelle assistance me prends à l’hôtel et me dépose à l’aéroport de Mendoza, vol Mendoza Santiago du Chili avec vue magnifique sur la face sud de l’Aconcagua, puis vol Santiago Roissy en Business Class : foie gras, champagne…

 

Vendredi 14 décembre. Arrivé à Roissy 11 h 25, accueilli par Elsa et Camille, transfert à l’hôpital Pompidou pour voir un chirurgien, puis TGV pour Valence….

 

 

Je tiens à remercier tous ceux de mes camarades qui m’ont soutenu dans mes moments de défaillance, mais surtout Marc à qui je dois cette magnifique aventure et qui fut exemplaire du début à la fin !

 

 

Bilan médical :

Le doigt le plus abimé est le pouce gauche (hélas la main qui dessine), la dernière phalange sera amputée. Le pouce droit et le majeur gauche devraient guérir.

L’annulaire gauche est déjà presque guéri, juste une insensibilité à l’extrémité qu’il faut encore ménager.

Les Dessins.

L’aventure, j’aime la vivre, la raconter, mais aussi la dessiner. Cette fois-ci j’ai eu de bonnes occasions de bien travailler. La très haute montagne avec ses fréquentes périodes de repos offre cette opportunité que n’offre pas la pratique traditionnelle de la montagne beaucoup plus « speed ». J’ai eu très peur de tout perdre à 6300 m, mais grâce à Juan, le porteur, j’ai tout récupéré.

Il me reste a m'habituer à la nouvelle configuration de mes mains pour complèter mon carnet et transcrire tout ce que j'ai dans la tête....

 

Pierre-Do Bayart, le 20/12/2007
pbayart@orange.fr

LE DIAPORAMA: ICI

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21 août 2007 2 21 /08 /août /2007 09:37

Ce lundi 23 juillet 2007, c’est en affrontant la  pluie et rafales de vent que nous gagnons depuis Super Bagnères, le refuge et le lac du Portillon (2671m), en franchissant au passage la Coume de Bourg, la Hourquette des Houts secs (qui aujourd’hui ne le sont pas tant que çà !), d’où par bonnes conditions il eut été possible de décoller pour écourter la partie pédestre de l’étape, et enfin le col d’Espingo.

 

Environ 1600 m de dénivelé en sept heures de marche avec dans le sac du parapente de quoi bivouaquer et suffisamment de ravitaillement pour compléter celui que nous pourrons trouver dans les refuges, et aussi bien sûr mon petit nécessaire à dessin…

Mardi, nous gravissons au dessus du refuge la Tusse de Montaquié (2889 m), où nous trouvons d’excellentes conditions de décollage. Nous nous poserons au lac Saussat pour les uns aux granges d’Astau pour ceux qui veulent en découdre, avant de remonter au refuge du Portillon, qui sera enseveli dans le brouillard l’après midi, avant de se dégager de la mer de nuage dans la soirée.

Mercredi, au sommet du pic Royo (3121 m), les conditions de décollage sont douteuses : la brise est forte et pas très bien orientée. Le plan de vol nous conduit  à franchir la brèche Lézat, ce qui nécessite une aérologie favorable. Nous attendons en remontant un abri bivouac qui pourrait nous servir pour nous abriter cette nuit si nous décidions de nous obstiner jusqu'à attendre demain matin que les conditions s’améliorent…. Heureusement, cela ne sera pas nécessaire, la brise se calme et s’oriente correctement. Nous décollons et franchissons sans problème la fameuse brèche… pour nous poser tous à l’issue d’un vol magnifique à proximité de la cabane de Sarnés (2230 m) sur l’étroit replat qui nécessite un délicat atterrissage à contre pente, sous l’œil étonné de randonneurs de passage et d’un berger trop heureux de voir tomber du ciel à qui faire la conversation…

 

          L’après midi, en contournant à pied le magnifique cirque des Crabioules à la hauteur des impressionnants travaux hydrauliques, nous gagnons le charmant refuge de Maupas et son petit lac propice aux ablutions.

 

 

Jeudi, le plan est de décoller à 2700 m sous les crêtes de la frontière espagnole, sous le pic de Boum, pour traverser la vallée et se poser au sommet du mont du Lis…

 En fait le vent du SW s’est levé, sous les crêtes frontières, nous sommes sous le vent. Les éclaireurs le confirment, le vol n’est pas sain, et c’est  pied que nous gagnerons l’objectif du bivouac de ce soir prés du lac de Port Viel (2445 m), en passant par le lac Bleu, le lac Charles et le lac Célinda où nous nous baignerons…

C’est à coté d’une cabane « secrète » que nous avons choisi de bivouaquer. La cabane, ignorée de la carte IGN, qui ne peut être trouvée que par les connaisseurs, construire par un « amateur » indubitablement éclairé, remarquablement aménagée, abrite confortablement quatre personnes maximum dans un site enchanteur.

J’en rêvais, je l’ai fait : j’ai choisi de dormir dehors dans ma voile. J’avais pris soin d’emporter un duvet léger et un matelas autogonflant pour mes vieux os. La nuit fut magnifique, la lune jouant à cache-cache avec les sommets, j’ai pu vérifier le sens de basculement de la grande ourse, le scintillement de Vénus et l’éclat diffus de la voie lactée …. Soudain, après quatre étoiles filantes, une bourrasque de vent s’est levée, s’engouffrant dans les caissons de ma voile, m’obligeant à la maîtriser… Après une accalmie, le vent s’est définitivement établi, compromettant le vol prévu ce matin : décoller sous le sommet du Mail Planet (2942 m), et rentrer d’un seul coup d’aile à Bagnères de Luchon…

Au matin, il faut se rendre à l’évidence, le vent est bien installé, et c’est à pied que nous redescendrons aux granges de Bourdalés pour regagner Luchon.

         

Ce fut une semaine magnifique malgré une aérologie peu clémente, merci à notre organisateur, Marc, et à toute l’équipe : Benjamin, Michel, Olivier, Sébastien et Vincent.

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26 novembre 2006 7 26 /11 /novembre /2006 17:00

        

 

Hier soir, le message attendu est arrivé,  la météo est favorable. Ce mardi 5 septembre, 4 h du mat, nous sommes invités à un petit déjeuner briefing au refuge du boulanger à Saint Gervais par l’association « vol 4807 » qui organise pour la vingtième année consécutive l’unique « compétition » au monde en « paralpinisme » à partir du sommet du Mont Blanc. Faute de compagnon de cordée (car en principe on s’inscrit par cordée de deux, autonomes tant pour la montée que pour l’éventuelle descente si ça ne décolle pas), je désespérais de pouvoir y participer, mais finalement, ma candidature en tant que « remplaçant » a été acceptée. Je ferai cordée avec Stéphane, médecin de l’organisation, qui n’a jamais volé en parapente, mais qui effectuera dans quelques heures son premier vol en parapente en décollant en bi-place du sommet du Mont Blanc !

La benne spéciale de l’aiguille du midi nous prend à six heures, et à 6h30 nous chaussons les crampons. Le jour se lève, le temps est superbe, les grosses chutes de neige de la quinzaine dernière ont recouvert la glace de fin de saison, les glaciers sont propres, et les conditions de progression sont optimales.

 

 

Le Mont Blanc du Tacul a la réputation d’offrir par sa rimaye un premier obstacle souvent redoutable. Cette année, il n’est est rien, elle se contourne sans aucune difficulté. Nous dépassons un groupe de skieur sans réussir à comprendre s’ils sont attardés du printemps 2006, ou trop impatient de l’hiver 2007. Epaule du Tacul et brève descente sur le col Maudit. Quand nous quitterons celui-ci, nous verrons s’y déployer des voiles de kite surf.

Le passage le plus technique de la montée est l’arrivée à l’épaule du Maudit, une quarantaine de mètres d’une pente raide et un peu glacée, mais le passage a été sécurisé par l’organisation qui y a posé une corde fixe.

Et là, stupeur ! Quatre ou cinq voiles soarent déjà au sommet de mont Blanc ! Vu que nous sommes une des premières cordées, elles ne sont pas de notre groupe, sûrement des petits malins qui ont capté la bonne météo que nous avions fait préparer, et qui sont montés hier soir dormir aux Cosmiques. Ils ont deux heures d’avance sur nous. Le spectacle est magnifique, et génère un sentiment ambivalent : s’ils ont décollés, c’est que les conditions sont bonnes, mais celles-ci le seront-elles encore dans deux heures, le temps d’atteindre le sommet ? La météo annonçait un vent de NW, orientation très favorable pour décoller, mais tournant à l’W, ce qui l’est nettement moins, car il faudrait alors décoller sur le fil très étroit de l’arrête des bosses… Aujourd’hui, si le décollage semble quasi assuré, le sera-t’il du sommet lui-même ? Ce spectacle nous fouette, et c’est avec fougue que nous franchissons le col de la Brenva, pour rejoindre au débouché du « corridor » l’itinéraire historique des premiers ascensionnistes du Mont Blanc, au fameux « mur de la côte »

C’est vers 12 h 30 que nous atteignons le sommet. Immense plaisir de voir, flottant au vent, bien orientées, les flammes du déco plantées à trois mètres sous le sommet, juste derrière l’arrivée de l’étroite arête des bosses, là où s’amorce un confortable plateau sommital.  Nous sommes chaleureusement accueillis par l’équipe des organisateurs. Parmi les « concurrents », nous sommes la seconde cordée arrivée, nous n’avons été précédés que par celle de Kti Devos, rédactrice en chef de « parapente mag », qui décollera juste avant moi. Ici, il faut tout à la fois, s’emplir les yeux et la tête du sublime paysage, goûter les victuailles préparées par l’organisation : Vin de Savoie, reblochon et saucisson, enregistrer les instructions pour le vol…. Mais surtout se préparer au déco, car selon l’adage paralpiniste, quand les conditions de déco sont bonnes, il ne faut pas attendre qu’elles soient meilleures !

Le décollage, dans un vent parfait est un moment sublime. Le plan de vol nous emmène sur Sallanches, et il faut tenir compte du NW qui va nous contrer. L’heure du soaring au sommet est passée : nous rencontrerons tout à l’heure quelques uns de ceux que nous avons vu tout à l’heure. Ils nous ont confirmés être partis tôt des Cosmiques. Au sommet, les conditions de déco étaient fortes, pas à la portée du premier venu. Entre temps, elles se sont bien adoucies.

C’est alors un vol grandiose. Un vol « contemplation » ou toute la tension et l’effort de la montée s’est instantanément libéré au troisième pas du décollage. Confortablement installé dans la sellette, jouissance d’entendre le vent siffler dans les oreilles. Où porter le regard ? Comment ne rien perdre du spectacle qui défile, et cela sans effort ! A quoi bon tenir les commandes, quand il suffit de peser juste un peu sur une fesse ou sur une autre pour trouver un meilleur angle de vue….L’arête des bosses se déroule sous mes pieds, et je peux y voir les cordées progresser. Je laisse à ma droite Vallot et le laboratoire de glaciologie, les grands espaces du dôme du goûter. Vu d’en haut, les méchants couloirs de l’aiguille du goûter ont un air quelque peu anodins. Sur ma gauche, se profile le fil aigu de l’arête de l’aiguille de Bionnassay et sa magnifique face nord.
En vol au dessus de l'aiguille de Bionnassay...

 Derrière, les Dômes de Miage (d’où je décollerai cinq jours plus tard…), et la vallée des Contamines.

C’est ensuite la transition, des très grandes montagnes et des immenses glaciers, vers les sommets plus secondaires, le paysage s’ouvre sur le val d’Arly, les cailloux et pierriers succèdent à la glace, puis les alpages avec leurs bergeries d’altitude, la forêt et les zones habitées. Belle photo du viaduc de Chedde. Certes il donne accès aux camions qui polluent gravement la vallée, mais il faut reconnaître, que techniquement, vu d’en haut, c’est une belle et esthétique réalisation. L’arrivée prévue à Passy, derrière le lac de la Cavettaz, dans la plaine de Sallanches (500 m d’altitude), nous aura permis un dénivelé total de 4300 m et de dérouler tous les paysages.

Ce « vol 4807 » 2006 aura été une réussite totale, tous les concurrents sans exception ont pu décoller du sommet, et se sont posés sans encombre à Passy. L’équipe d’organisation, sous la présidence de Didier Daval à fait un travail remarquable, et mérite grandement d’être encouragée.

Après midi dans l’herbe à regarder les « concurrents » se poser (je n’ai pas compris grand chose au règlement de « l’épreuve » qui portait sur le vol, et encore moins comment je suis classé 3éme, mais s’il y avait eu un classement sur la montée, j’aurai eu de bonnes chances de faire un classement honorable..). Le soir c’est dans le décor kitsch et quelque peu décalé par rapport à notre activité du casino de Saint Gervais que nous fêterons notre succès par un excellent buffet/repas…..

Pour voir la vidéo: http://www.tvmountain.com/ rechercher: "vol 4807"

 

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22 août 2006 2 22 /08 /août /2006 19:36

 

L’article 1 des statuts d’origine des Tichodromes (Tichodrome: Oiseau qui niche dans les falaises et qui du fait de la taille de ses ailes doit se jeter dans le vide pour décoller, mais c'est aussi le nom de mon club de parapente!) précisait que l’objet du club était la promotion du « Paralpinisme ». Force est de contacter que cette volonté des fondateurs du club ne s’est pas vraiment concrétisée, tant les contraintes de l’alpinisme se sont révérées trop difficilement compatibles avec celles du vol libre, tandis que le potentiel de gain d’altitude  et de vol des ailes et des pilotes n’ont cessés de se développer, comme en témoigne le fameux atterrissage au sommet du Mont Blanc l’été 2003 d’un groupe de parapentistes partis « d’en bas »….

Il n’empêche ! Pour ceux qui comme moi ont une longue histoire d’amour avec la montagne et l’alpinisme, décoller d’un sommet de haute montagne qu’on a atteint par des moyens « naturels » reste quand même un rêve, même si celui-ci n’est pas souvent facile à réaliser…. 

J’ai donc saisi l’occasion de participer à un  week-end paralpinisme organisé par Delphine Pille du club des Baronnies : Ce samedi 30 juillet, nous sommes montés au refuge du Glacier Blanc (2542 m), et de là, au Dôme du Monétier. Nous étions une dizaine (dont un bi-place), encadrés par Delphine pour le parapente, et pour la montagne par le Guide Eric Mossière. Nous avons décollés sous le Pic du Rif à 3400 m, par un temps magnifique dans de très belles mais petites conditions……

Superbe, Superbe, Superbe…. Atterrissage dans les immenses prés en amont de Monetier. Merci encore Delphine, ce n’est pas facile de réussir un coup comme celui-là !

Une semaine plus tard, je me retrouve inopinément libre pour deux jours, alors que la météo annonce une accalmie d’un vent du nord jusque là passablement impétueux.

L’objectif est vite trouvé, ce sera le Dôme des Ecrins (4015 m) magnifique et classique décollage orienté nord. Un problème quand même : je suis seul, je n’ai trouvé ni parapentiste ni alpiniste pour m’accompagner. Qu’à cela ne tienne, pas question de laisser passer l’occasion !  En cross j’ai pris l’habitude de l’auto-stop stop pour le retour, cette fois, je vais tenter la cordée-stop pour l’aller.

Dés mon arrivée au refuge des Ecrins (3170 m, après 3h15 de montée au taux de 0.11 m/s), j’informe le gardien de mon projet et de mon problème : trouver une cordée qui accepte de me prendre sur sa corde pour la montée au Dôme, parcours intégralement glaciaire et donc crevassé. Le refuge est plein, 80 % des cordées vont au Dôme, je pense naïvement que cela ne posera pas de problème….

Ce n’est pas si simple ! J’ai mis une affiche au guichet d’accueil, durant le repas je fais le tour des tables. Sans succès. Je commence à me faire à l’idée de monter tout seul. Au petit matin la glace est bien gelée et les ponts de neige sont solides. Très sincèrement je pense que le risque serait très raisonnable, mais je préférerai quand même ne pas le prendre, ne serai-ce que préserver mon image d’alpiniste prudent et responsable, et aussi sans doute pour m’épargner une pression psychologique inutile avant de décoller.

 Faut-il imputer l’insuccès de ma quête à la crainte de s’encombrer et de risquer d’être retardé, ou bien aux ravages d’une idéologie sécuritaire qui aurait atteint le milieu montagnard et ferait craindre, même pour un parcours aussi classique, de prendre sur sa corde un « inconnu » devant le « risque » de voir engagé sa responsabilité en cas de problème,  ? Sans doute un peu des deux !

Mais non ! Je suis trop sévère, car in extremis, je réussis à faire affaire avec une cordée en partance pour la Barre, qui accepte de me prendre sur sa corde jusqu’au Dôme. Bien sûr, je dois d’abord passer un très légitime « examen » oral: oui, j’ai des crampons, oui, ils sont bien réglés et je sais m’en servir, non, je ne les retarderai pas… J’apprendrai bientôt qu’il s’agit d’un guide et de son client belge. Ils refuseront ma proposition de contribution financière…Tope là, bonne nuit et à demain matin pour le ptit dèj à 3h30 !

Au matin, c’est la phase pratique de « l’examen », mais je m’en sors bien, nous prenons rapidement la tête du serpent lumineux  qui se love sur la face nord de la Barre, et quand nous arriverons au sommet du Dôme à 7h ( au taux de montée de 0.109 m/s), seul le soleil nous aura précédé, et encore, de peu de temps ! Nous nous séparons, ils continuent vers la Barre. Merci encore à toi « Gepetto » et aussi à ton client !

Au sommet, les conditions de déco sont idéales : 5 à 10 km/h de NE, aussi je décide de décoller du sommet même, solution plus élégante que le déco habituellement recommandé sous la brèche Lory.

Il est bien tôt ! Attendre un peu ou décoller tout de suite ? Si le vent se renforce, cela peut venir très vite, la prudence pour assurer le déco est de ne pas tarder.

Décollage.

J’avais mon plan de vol en tête depuis le début. A cette heure ci, rien d’autre à espérer qu’une aérologie calme, donc j’ai l’intention de faire un vol de finesse, au plus loin qu’il sera possible, le but ultime étant de me poser au bout de mon jardin à l’atterro officiel de la Bâtie des Vigneaux si cela est possible, et de consacrer toute mon attention au paysage.

Je tire donc à droite, passe sous le sommet de la Barre (4102  m), en croisant au passage toutes les cordées qui se dirigent vers le Dôme, et je réponds à leurs saluts…. A la brèche des Ecrins, je bascule sur le versant Glacier noir, le vide se creuse instantanément de plus de 1500m, et je me fixe un cap que je n’aurai plus à modifier avant les manœuvres de préparation à l’atterrissage. A cette altitude cela va très vite, ma bonne petite Kenya file comme le vent.

Je passe très haut au-dessus du glacier noir et de la Bosse de la Momie, puis c’est l’arrête du Pelvoux que je traverse à la hauteur du bas du glacier des Violettes : Il y a quelques années, c’est de là que nous avions enfin pu décoller, après avoir deux fois dépliés et repliés nos ailes dans un brouillard qui nous poursuivait depuis le sommet !

Puis c’est la traversée du vallon du Sélé,  derniers paysages exclusivement rocheux et glaciaires, j’arrive sur les alpages de l’arrête de la Rouya et de la Blanche. Une harde de chamois déboule loin en dessous de moi à une vitesse impressionnante !

J’arrive en terrain connu : le décollage de Puy Aillaud, et je suis à 1500 m d’altitude à la verticale de l’atterro de Vallouise (1200 m). La sagesse commande de s’y poser, j’ai pu calculer qu’il m’aurait fallu 4 à 500 m de gaz de plus pour aller jusque la Bâtie, mais mon vol aura prouvé que ce serait possible depuis le sommet du Pelvoux (3946 m), ce sera donc pour la prochaine fois !

Je me pose. Il est 8 h. Le camping de Vallouise (1100 m) s’éveille….

En distance, cela fait un vol de 15 km à finesse un peu plus de 6, mais ce n’est pas cela qui est vraiment important !

Une heure après, les sommets sont encapuchonnés, je n’ai donc pas eu tort de ne pas m’attarder !

 

                                                                        Pierre-Do Bayart, 6 Août 2006.

 

 

 

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